Lib. 6, v. 27, etc.

Hîc labor ille domûs, et inextricabilis error.

Dædalus ipse dolos tecti ambagesque resolvit,

Cæca regens filo vestigia.

§ IV. Lac de Mœris.

Herod. l. 2, cap. 149. Strab. l. 17, pag. 787. Diod. lib. 1, pag. 47. Plin. lib. 5, cap. 9. Pomp. Mela, [1. 1.9, 64.] Le plus grand et le plus admirable de tous les ouvrages des rois d'Égypte était le lac de Mœris: aussi Hérodote le met-il beaucoup au-dessus des pyramides et du labyrinthe. Comme l'Égypte était plus ou moins fertile, selon qu'elle était plus ou moins inondée par le Nil, et que, dans cette inondation, le trop et le trop peu étaient également funestes aux terres, le roi Mœris, pour obvier à ces deux inconvénients, et pour corriger autant qu'il se pourrait les irrégularités du Nil, songea à faire venir l'art au secours de la nature. Il fit donc creuser le lac qui depuis a porté son nom. Ce lac, selon Hérodote et Diodore de Sicile, dont Pline ne s'éloigne pas, avait de tour trois mille six cents stades, c'est-à-dire cent quatre-vingts lieues, et de profondeur trois cents pieds. Deux pyramides, dont chacune portait une statue colossale placée sur un trône, s'élevaient de trois cents pieds au milieu du lac, et occupaient sous les eaux un pareil espace. Ainsi elles faisaient voir qu'on les avait érigées avant que le creux eût été rempli, et montraient qu'un lac de cette étendue avait été fait de main d'homme sous un seul prince.

Voilà ce que plusieurs historiens ont marqué du lac de Mœris, sur la bonne foi des gens du pays; et M. Bossuet, dans son Discours sur l'histoire universelle, rapporte ce fait comme incontestable. Pour moi, j'avoue que je n'y trouve aucune vraisemblance [46]. Est-il possible qu'un lac de cent quatre-vingts lieues d'étendue ait été creusé sous un seul prince? Comment et où transporter les terres? Pourquoi perdre la surface de tant de terrain? Comment remplir ce vaste espace du superflu des eaux du Nil? Il y aurait bien d'autres objections à faire. Je crois donc qu'on s'en peut tenir au sentiment de Pomponius Mela, ancien géographe, d'autant plus qu'il est appuyé par plusieurs relations modernes. Il ne donne de circuit à ce lac que vingt mille pas, qui font sept ou huit de nos lieues. Mela, lib. 1. [9-64.] Mœris, aliquandò campus, nunc lacus, viginti millia passuum in circuitu patens [47].

[Note 46: ][ (retour) ] Rollin a raison, d'après l'estimation donnée par Bossuet. La difficulté diminue, si l'on fait attention aux mesures dont les anciens se sont servis en cette occasion.

Le Birket-el-Kéroun, lac que l'on reconnaît maintenant pour être l'ancien Lac de Mœris, est un bassin naturel, encaissé par des montagnes qui l'environnent de toutes parts: il a existé de tout temps; et les travaux de Mœris n'ont pu avoir pour objet que de l'agrandir, ou de le rendre plus profond en certains endroits; ils n'ont donc pas tout le merveilleux que les anciens auteurs se sont plu à leur attribuer.

Par sa constitution physique, le Birket-el-Kéroun n'a jamais pu éprouver d'autre changement dans ses dimensions que celui qui provient de l'élévation ou de l'abaissement des eaux du Nil. Il doit être aussi grand de nos jours qu'il l'était dans l'antiquité. Dans le temps de l'inondation, ce lac n'a que 105 milles géographiques, ou 35 lieues, de circonférence.

Or, les 3,600 stades d'Hérodote, dans le module du stade égyptien, valent 137 lieues(et non 180, comme le dit Rollin, d'après Bossuet), ce qui est précisément le quadruple de la grandeur véritable: et, comme nous voyons dans Strabon qu'en Égypte il y avait des schènes de 30, 60 et 120 stades (STRAB. XIV, pag. 804), c'est-à-dire, doubles et quadruples les uns des autres, on peut supposer qu'Hérodote a fait ici quelque confusion de dimension, d'où il est résulté une mesure trop forte dans le rapport de 120 à 30, ou de 4 à 1. Ce genre de méprise, dont on pourrait rapporter ici d'autres preuves, explique naturellement une difficulté qu'on aurait beaucoup de peine à résoudre d'une autre manière.--L.

[Note 47: ][ (retour) ] Au lieu de viginti millia, Ciaconius et Isaac Vossius lisent quingenta, correction à laquelle conduit la leçon quinquaginta que donnent des manuscrits et les anciennes éditions. Comme, en Égypte, le mille comprenait 7 stades 1/2, on voit que les 500 milles de Pomponius Mela représentent 500 x 7-1/2=3750 stades, ce qui revient à-peu-près aux 3600 stades d'Hérodote.--L.

Ce lac communiquait au Nil par le moyen d'un grand canal, qui avait plus de quatre lieues [48] de longueur, et cinquante pieds de largeur. De grandes écluses ouvraient le canal et le lac, ou les fermaient selon le besoin.