[Note 48: ][ (retour) ] 85 stades.=Diodore dit 80 stades (et non 85) de long (1; § 52); ce qui vaut 16,864 mètres; et 3 plèthres, ou 300 pieds égyptiens (105 mètres) de large.--L.
Pour les ouvrir ou les fermer il en coûtait cinquante talents, c'est-à-dire cinquante mille écus [49]. La pêche de ce lac valait au prince des sommes immenses; mais sa grande utilité était par rapport au débordement du Nil. Quand il était trop grand, et qu'il y avait à craindre qu'il n'eût des suites funestes, on ouvrait les écluses; et les eaux, ayant leur retraite dans ce lac, ne séjournaient sur les terres qu'autant qu'il fallait pour les engraisser. Au contraire, quand l'inondation était trop basse et menaçait de stérilité, on tirait de ce même lac, par des coupures et des saignées, une quantité d'eau suffisante pour arroser les terres. [lib. 17, p. 788.] Par ce moyen les inégalités du Nil étaient corrigées; et Strabon remarque que, de son temps, sous Pétrone, gouverneur d'Égypte, lorsque le débordement du Nil montait à douze coudées, la fertilité était fort grande; et, lors même qu'il n'allait qu'à huit coudées, la famine ne se faisait point sentir dans le pays: sans doute parce que les eaux du lac suppléaient à celles de l'inondation par le moyen des coupures et des canaux [50].
[Note 49: ][ (retour) ] S'il s'agit du talent attique, les 50 talents valent, non pas 150,000 fr., mais environ 300,000 fr.--L.
[Note 50: ][ (retour) ] Sans doute aussi parce que ce gouverneur avait fait curer les canaux (GOSSELIN, Notes sur Strabon, t. V, p. 316): car Strabon dit qu'avant Pétrone la famine se faisait sentir lorsque l'élévation du Nil n'allait qu'à 8 coudées (STRAB. XVII, pag. 788). Probablement ce gouverneur en agit ainsi par l'ordre d'Auguste; nous voyons en effet dans Aurélius Victor que ce prince fit creuser les canaux de l'Égypte, encombrés de limon, pour assurer la fertilité de ce pays (AUREL. VICT. C. I).--L.
§ V. Débordement du Nil.
Le Nil est la plus grande merveille de l'Égypte. Comme il y pleut rarement, ce fleuve, qui l'arrose toute par ses débordements réglés, supplée à ce qui lui manque de ce côté-là, en lui apportant, en forme de tribut annuel, les pluies des autres pays; ce qui fait dire ingénieusement à un poëte que l'herbe chez les Égyptiens, quelque grande que soit la sécheresse, n'implore point le secours de Jupiter pour obtenir de la pluie:
Te propter nullos tellus tua postulat imbres,
Arida nec pluvio supplicat herba Jovi [51].
[Note 51: ][ (retour) ] Sénèque (Nat. Quæst. lib. 4, cap. 2) attribue ces vers à Ovide; mais ils sont de Tibulle [I, 7, 23].
Pour multiplier un fleuve si bienfaisant, l'Égypte était coupée de plusieurs canaux d'une longueur et d'une largeur proportionnées aux différentes situations et aux différents besoins des terres. Le Nil portait partout la fécondité avec ses eaux salutaires, unissait les villes entre elles, et la mer Méditerranée avec la mer Rouge, entretenait le commerce au-dedans et au-dehors du royaume, et le fortifiait contre l'ennemi: de sorte qu'il était tout ensemble et le nourricier et le défenseur de l'Égypte. On lui abandonnait la campagne; mais les villes, rehaussées avec des travaux immenses, et s'élevant comme des îles au milieu des eaux, regardaient avec joie de cette hauteur toute la plaine inondée et en même temps fertilisée par le Nil.