Illic cæruleos, hîc piscem fluminis, illic

Oppida tota canem venerantur, nemo Dianam.

Porrum et cepe nefas violare ac frangere morsu.

O sanctas gentes quibus hæc nascuntur in hortis

Numina!

On doit être bien étonné de voir la nation du monde qui se piquait le plus de sagesse et de lumières s'abandonner si follement aux superstitions les plus grossières et les plus ridicules. En effet, rendre à des animaux et à de vils insectes un culte religieux, les placer au milieu des temples, les nourrir avec soin et à grands Lib. 1, p. 76. frais, [95] punir de mort ceux qui leur ôtaient la vie, les embaumer et leur destiner des tombeaux publics, aller jusqu'à reconnaître pour dieux des poireaux et des ognons, invoquer de pareilles divinités dans ses besoins, en attendre du secours et de la protection, ce sont des excès qui nous paraissent à peine croyables; et qui sont néanmoins attestés par toute l'antiquité. Lucian. Imag. [§11.] On entre dans un temple magnifique, dit Lucien, où brillent de toutes parts l'or et l'argent. Les yeux avides y cherchent un dieu, et n'y trouvent qu'une cicogne, un singe, un chat [et un bouc]: belle image, ajoute-t-il, de beaucoup de palais, dont les maîtres ne sont pas le plus bel ornement.

[Note 95: ][ (retour) ] Diodore assure que de son temps même ces dépenses n'allaient pas à moins de cent mille écus. = Dans le texte, 100 talents, ou 550,000 fr. Cette somme est donnée par Diodore comme le montant des frais d'embaumement et de sépulture des animaux sacrés (I. § 84.)--L.

Diod. lib. 1, p. 77, etc. On rapporte différentes raisons du culte que les Égyptiens rendaient aux animaux.

Cf. Ovid. Metamorph. v. 527; Hyg. astron. II, 28; Porphyr. abstin. III, 16.La première se tire de la fable. On prétend que les dieux, dans une conspiration que firent contre eux les hommes, se réfugièrent en Égypte, et s'y cachèrent sous différentes formes d'animaux; et de là le culte divin qui depuis leur a été rendu.

La seconde est tirée [96] de l'utilité que chacun de ces animaux procurait aux hommes: les bœufs, pour le labourage; les brebis, par leur laine et leur lait; les chiens, pour la chasse et pour la garde des maisons, d'où vient que le dieu Anubis est représenté avec une tête de chien; l'ibis, qui est une espèce de cicogne, parce qu'il donne la chasse à des serpents ailés, qui sans cela infesteraient l'Égypte; Herod. l. 2, cap. 68. le crocodile, qui est un animal amphibie, c'est-à-dire qui vit également dans l'eau et sur la terre, d'une grandeur [97] et d'une force surprenantes, parce qu'il défend le pays contre l'incursion des voleurs arabes [98]; et l'ichneumon, parce qu'il empêche la race des crocodiles de se trop multiplier, ce qui deviendrait funeste à l'Égypte. Or cette petite bête rend ce service au pays en deux manières: premièrement elle observe le temps que le crocodile est absent, et elle brise ses œufs sans les manger; en second lieu, lorsque le crocodile dort sur le rivage du Nil, et il dort toujours la gueule ouverte, ce petit animal, qui s'était tenu caché dans le limon, saute tout d'un coup dans sa gueule, pénètre jusque dans ses entrailles, qu'il ronge, puis se fait une ouverture en lui perçant le ventre, dont la peau est fort tendre, et sort impunément vainqueur, par sa finesse, de la force d'un si terrible animal.