[Note 148: ][ (retour) ] Les seize lettres que Cadmus porta en Grèce sont: α, ß, γ, δ, ε, ι, κ, λ, µ, ν, ο, π, ρ, σ, τ, υ. Palamède, à l'époque de la guerre de Troie, c'est-à-dire plus de 250 ans après Cadmus, ajouta les quatre suivantes: ξ, θ, χ, φ; et Simonide, long-temps après, inventa les quatre autres, qui sont: η, ω, ζ, ψ.
VIII, cap. 57.
= Quelques savants, et entre autres M. Larcher, croient que les Grecs avaient une écriture alphabétique avant l'arrivée de Cadmus, et que ce prince apporta seulement quelques lettres nouvelles. (LARCHER, sur Hérodote, tom. IV, pag. 258.)--L.
Je reviens à l'histoire des rois d'Égypte, et je les rangerai désormais dans l'ordre qu'Hérodote leur a donné [149].
[Note 149: ][ (retour) ] Je ne crois pas devoir entrer dans la discussion d'une difficulté qui serait fort embarrassante s'il fallait concilier ici la suite des rois d'Hérodote avec le sentiment d'Ussérius. Celui-ci suppose, avec plusieurs savants, que Sésostris est le fils du roi d'Égypte qui fut submergé dans la mer Rouge, dont le règne, par conséquent, a commencé l'année du monde 1513, et a duré jusqu'à l'année 1547, puisque son règne est de 33 ans. Quand on donnerait 50 ans au règne de Phéron, son fils, il resterait encore plus de 200 ans entre Phéron et Protée, qu'Hérodote dit avoir succédé immédiatement au premier, puisque Protée était du temps du siége de Troie, dont Ussérius met la prise en 2820. Je ne sais pas si c'est parce qu'il a senti cette difficulté que, depuis Sésostris, il ne parle presque plus des rois d'Égypte. Je suppose qu'entre Phéron et Protée il y a eu un grand vide et un long intervalle. En effet Diodore (lib. 1, pag. 54) y place plusieurs rois, et il en faut dire autant de quelques-uns des rois suivants.
AN. M. 2547 AV. J.C. 1457 PHÉRON succéda aux états de Sésostris, mais non à sa gloire. Hérodote ne rapporte de lui qu'une action, qui marque combien il avait dégénéré des sentiments religieux de son père. Dans un débordement du Nil, Herod. l. 2, c. III. Diod. lib. 1, pag. 54. qui fut extraordinaire, et qui passa dix-huit coudées, indigné du dégât qu'il causerait dans le pays, il lança un javelot contre le fleuve, comme pour le châtier; et, s'il en faut croire l'historien, il fut puni lui-même sur-le-champ de son impiété par la perte de la vue.
AN. M. 2800 AV. J.C. 1204. Herod. lib. 2, c. 112-120. PROTÉE. Il était de Memphis, où, du temps d'Hérodote, on voyait encore son temple, dans lequel il y avait une chapelle dédiée à Vénus l'étrangère: on conjecture que c'était Hélène. Du temps de ce roi, Pâris le Troyen, retournant chez lui avec Hélène, qu'il avait ravie, fut poussé par la tempête à une des embouchures du Nil appelée Canopique. De là il fut conduit à Memphis devant Protée, qui lui reprocha fortement le crime et la lâche perfidie dont il s'était rendu coupable en enlevant la femme de son hôte et avec elle tous les biens qu'il avait trouvés dans sa maison. Il ajouta qu'il ne s'abstenait de le faire mourir, comme son crime le méritait, que parce que les Égyptiens évitaient de souiller leurs mains dans le sang des étrangers; qu'il retiendrait Hélène avec toutes ses richesses, pour les restituer à leur légitime possesseur; que, pour lui, il eût à sortir de ses états dans l'espace de trois jours, faute de quoi il serait traité comme ennemi. La chose fut ainsi exécutée. Pâris continua sa route, et arriva à Troie. L'armée des Grecs l'y suivit de près. Elle commença par sommer les Troyens de leur rendre Hélène et toutes les richesses qu'on avait emportées avec elle. Ils répondirent que ni cette princesse ni ses biens n'étaient point dans leur ville. Quelle apparence en effet, remarque Hérodote, que Priam, ce vieillard si sage, eût mieux aimé voir périr sous ses yeux ses enfants et sa patrie que de donner aux Grecs une satisfaction aussi juste que celle qu'ils lui demandaient? Mais ils eurent beau affirmer avec serment qu'Hélène n'était point dans leur ville, les Grecs, persuadés qu'on se moquait d'eux, persistèrent opiniâtrément à ne les point croire: la Divinité, ajoute encore le même historien, voulant que les Troyens, par la destruction entière de leur ville et de leur empire, apprissent à l'univers effrayé [150], que les dieux vengent les grands crimes d'une manière éclatante. Ménélas, à son retour, passa en Égypte chez le roi Protée, qui lui rendit Hélène avec toutes ses richesses. Hérodote prouve, par quelques passages d'Homère, que le voyage de Pâris en Égypte n'était point inconnu à ce poëte.
[Note 150: ][ (retour) ] «ᾨς τῶν µεγάλων ἀδικηµάτων µεγάλαι εἰσὶ καὶ αἱ τιµορίαι παρὰ τῶν θεῶν. II. § 120 fin.»
Lib. 2, c. 121-123. RHAMPSINIT. Ce qu'Hérodote raconte du trésor que Rhampsinit, le plus riche des rois d'Égypte, fit bâtir, et de sa descente dans les enfers, sent trop la fiction et le roman pour être rapporté ici.
Jusqu'à ce dernier roi, il y avait eu dans le gouvernement de l'Égypte quelque ombre de justice et de modération; mais, sous les deux règnes suivants, la violence et la dureté en prirent la place.
Herod. l. 2, c. 124-128. Diod. lib. 1, pag. 57. CHÉOPS et CHÉPHREN [151]. Ces deux princes, véritablement frères par la ressemblance de leurs mœurs, semblaient avoir pris à tâche de se signaler à l'envi l'un de l'autre par une impiété ouverte à l'égard des dieux, et par une barbare inhumanité à l'égard des hommes. Le premier régna cinquante ans, et l'autre après lui cinquante-six. Ils tinrent les temples fermés pendant tout le temps de leur règne, et défendirent aux Égyptiens, sous de grosses peines, d'offrir des sacrifices. D'un autre côté, ils accablèrent leurs sujets par de durs et d'inutiles travaux, et ils firent périr un nombre infini d'hommes pour satisfaire la folle ambition qu'ils avaient d'immortaliser leur nom par des bâtiments d'une grandeur énorme et d'une dépense sans bornes. Il est remarquable que ces superbes pyramides [152], qui ont fait l'admiration de l'univers, étaient le fruit de l'irréligion et de l'impitoyable dureté de ces princes.