Voilà la vérité du fait; mais, comme elle était peu honorable pour les Égyptiens, ils ont tâché de la tourner à leur avantage en la déguisant et la corrompant. Cependant les traces de cette histoire, quoique défigurées, doivent paraître précieuses dans un historien d'une aussi haute antiquité et d'un aussi grand poids qu'est Hérodote.

Le prophète Isaïe avait prédit à plusieurs reprises que cette expédition des Égyptiens, concertée, ce semble, avec tant de prudence, conduite avec tant d'habileté, et où les forces de deux puissants empires s'étaient réunies pour secourir les Juifs; Isaïe, dis-je, avait prédit que cette expédition, non-seulement serait inutile à Jérusalem, mais tournerait à la ruine de l'Égypte même, dont les plus fortes villes seraient prises, les terres ravagées, les habitants de tout sexe et de tout âge emmenés captifs. On peut consulter les chapitres 18, 19, 20, 30, 31, etc.

Ussérius et M. Prideaux croient que c'est dans ce temps qu'arriva la ruine de [156] No-Amon, cette fameuse Nahum. 3 8-10. ville dont parle le prophète Nahum, et dont il dit que les habitants avaient été traînés en captivité, que les jeunes enfants avaient été écrasés dans les carrefours de ses rues, et que ses plus grands seigneurs, chargés de chaînes, avaient été partagés par sort entre les vainqueurs. Il marque que tous ces malheurs tombèrent sur elle lorsque l'Égypte et l'Éthiopie étaient sa force; ce qui semble désigner assez clairement le temps dont nous parlons, où Tharaca et Séthon étaient unis ensemble. Ce sentiment n'est point sans difficulté, et est contredit par d'habiles gens. Il me suffit d'en avertir le lecteur.

[Note 156: ][ (retour) ] La vulgate nomme Alexandrie la ville qui est appelée dans l'hébreu No-Amon, parce qu'Alexandrie fut depuis bâtie à la place de cette dernière. M. Prideaux, après Bochard, croit que c'est Thèbes, surnommée Diospolis. En effet, Amon chez les Égyptiens est le même que Jupiter; mais Thèbes n'est point l'endroit où fut bâtie depuis Alexandrie. Il se peut faire qu'il y eût là une autre ville appelée aussi No-Amon.

Herod. l, 2, cap. 142. Jusqu'au règne de Séthon, les prêtres égyptiens comptaient trois cent quarante et une générations d'hommes, ce qui fait onze mille trois cent quarante années, en mettant trois générations d'hommes pour cent ans. Ils comptaient pareil nombre de prêtres et de rois. Ces derniers, soit dieux, soit hommes, s'étaient succédé sans interruption sous le nom de piromis, mot égyptien qui signifie bon et honnête. Les prêtres égyptiens montrèrent à Hérodote trois cent quarante et un colosses de bois de ces piromis, rangés tous en ordre dans une grande salle. C'était la folie des Égyptiens de se perdre dans une antiquité dont aucun autre peuple n'approchât.

AN. M. 3299 AV. J.C. 705. Afric. apud Syncel. p. 74. THARACA. C'est celui-là même qui était venu avec une armée d'Éthiopiens au secours de Jérusalem avec Séthon. Quand celui-ci fut mort, après avoir occupé le trône pendant quatorze ans, Tharaca y monta à sa place, et le tint pendant dix-huit. Ce fut le dernier des rois éthiopiens qui régnèrent dans l'Égypte.

Après sa mort, les Égyptiens, ne pouvant s'accorder sur la succession, furent deux ans dans un état d'anarchie accompagné de grands désordres.

DOUZE ROIS [157].

[Note 157: ][ (retour) ] Jusqu'ici la chronologie égyptienne, incertaine et interrompue par des lacunes, commence à prendre de la suite et de la certitude. D'après Hérodote, le règne des douze rois est de l'an 673: ils régnèrent 15 ans; ainsi Psammitique régna seul, à partir de l'an 656, et non pas en 670: ce prince mourut, après un règne de 39 ans; conséquemment son fils Néchao lui succéda vers 617, comme l'a marqué Rollin (616), p. 124. Les deux dates de 685 et de 670 sont donc fautives.--L.

AN. M. 3319 AV. J.C. 685. Herod. l. 2, cap. 147-152. Diod. lib. 1, pag. 59. Enfin douze des principaux seigneurs, s'étant ligués ensemble, se saisirent du royaume, et le partagèrent entre eux en douze parties. Ils convinrent de gouverner chacun leur district avec un pouvoir et une autorité égale, sans que jamais l'un songeât à rien entreprendre contre l'autre ni à s'emparer de son gouvernement. Ils crurent devoir faire ensemble cet accord, et le cimenter par les plus terribles serments, pour éviter l'effet d'un oracle qui avait prédit que celui d'entre eux qui aurait fait des libations à Vulcain dans un vase d'airain deviendrait le maître de l'Égypte. Ils régnèrent ensemble pendant quinze ans dans une grande union; et, pour en laisser à la postérité un célèbre monument, ils bâtirent de concert et à frais communs le fameux labyrinthe, qui était un amas de douze grands palais, [Pag. 20.] et qui avait autant de bâtiments sous terre qu'il en paraissait au-dehors. J'en ai fait mention précédemment.