Un jour que les douze rois assistaient ensemble dans le temple de Vulcain à un sacrifice solennel qui s'y faisait régulièrement dans un certain temps marqué, les prêtres ayant présenté à chacun d'eux une coupe d'or pour faire les libations, il s'en trouva une de manque, et Psammitique, l'un des douze, sans aucun dessein prémédité, au lieu de coupe prit son casque d'airain, car ils en portaient tous, et s'en servit pour faire les libations. Cette circonstance frappa les autres, et leur rappela dans l'esprit le souvenir de l'oracle dont j'ai parlé. Ils crurent donc se devoir mettre en sûreté contre ses entreprises, et le reléguèrent dans les pays marécageux de l'Égypte [158].
[Note 158: ][ (retour) ] Dans la partie septentrionale du Delta, entre les bouches Phatmitique et Sébennytique--L.
Après que Psammitique y eut passé quelques années, attendant une occasion favorable pour se venger de l'affront qu'il avait reçu, un courrier vint lui dire qu'il était arrivé en Égypte des hommes d'airain: c'étaient des soldats de Grèce, Cariens et Ioniens, que la tempête avait jetés sur les côtes d'Égypte, et qui étaient tout couverts de casques, de cuirasses et d'autres armes d'airain. Psammitique se souvint aussitôt d'un oracle qui lui avait répondu que des hommes d'airain viendraient du côté de la mer à son secours. Il ne douta point que ce n'en fût ici l'accomplissement. Il fit donc amitié avec ces étrangers, les engagea par de grandes promesses à demeurer avec lui, leva sous main d'autres troupes, mit à leur tête ces Grecs, et, ayant attaqué les onze rois, il les défit, et demeura seul maître de l'Égypte.
AN. M. 3334 AV. J.C. 670. Herod. l. 2, c. 153, 154. PSAMMITIQUE. Ce prince, qui devait son salut aux Ioniens et aux Cariens, les établit dans l'Égypte, fermée jusqu'alors aux étrangers, et leur y assigna des bons fonds de terre et des revenus assurés, qui leur firent oublier leur patrie. Il leur donna de jeunes enfants égyptiens à élever, à qui ils apprirent leur langue. A cette occasion et par ce moyen, les Égyptiens entrèrent en commerce avec les Grecs; et depuis ce temps aussi l'histoire d'Égypte, jusque-là mêlée de fables pompeuses par l'artifice des prêtres, commence, selon Hérodote, à avoir plus de certitude.
Dès que Psammitique fut affermi sur le trône, il entra en guerre avec le roi d'Assyrie au sujet des limites des deux empires. Cette guerre dura long-temps. Depuis que les Assyriens eurent conquis la Syrie, la Palestine, étant le seul pays qui séparât les deux royaumes, devint entre eux un sujet continuel de discorde, comme elle le fut ensuite entre les Ptolémées et les Séleucides. Ce fut à qui des deux l'aurait, et cette province devint tour à tour le partage du plus fort. Psammitique, se voyant maître paisible de toute l'Égypte et ayant remis toutes choses sur [159] l'ancien pied, crut qu'il était temps de penser aux frontières de son royaume, et de les mettre en sûreté contre l'Assyrien son voisin, dont la puissance augmentait de jour en jour. Il entra pour cet effet à la tête d'une armée dans la Palestine.
[Note 159: ][ (retour) ] Cette révolution arriva environ sept ans après la captivité de Manassé, roi de Juda.
Lib. 1, p. 61. Peut-être faut-il placer au commencement de cette guerre ce qu'on lit dans Diodore, que les Égyptiens, indignés de ce que le roi avait placé les Grecs à l'aile droite, par préférence à eux, quittèrent le service au nombre de plus de deux cent mille, et se retirèrent en Éthiopie, où on leur donna un établissement avantageux.
Herod. [l. 2,] cap. 157. Quoi qu'il en soit, Psammitique entra en Palestine. Mais il s'y trouva d'abord arrêté à Azot, une des principales villes du pays, qui lui donna tant de peine, que ce ne fut qu'après un siége de vingt-neuf ans qu'il s'en rendit maître. C'est le plus long siége dont il soit parlé dans l'histoire ancienne.
Cette place était anciennement une des cinq villes capitales des Philistins. Les Égyptiens, quelque temps auparavant, s'en étant emparés, la fortifièrent si bien, qu'elle devint la plus forte barrière de leur pays de ce côté-là; en sorte que Sennachérib ne put entrer en Égypte qu'il n'eût premièrement emporté cette place. C'est ce qu'il fit par Tarthan, l'un de ses généraux. Les Assyriens l'avaient conservée jusqu'à ce temps-ci, et ce ne fut qu'après le long siége dont je viens de parler qu'elle revint aux Égyptiens.
Isai. 20, 1. Herod. l. 1, cap. 105. En ce temps-là les Scythes, sortis des environs des Palus-Méotides, s'étant jetés dans la Médie, défirent Cyaxare, qui en était roi, et le dépouillèrent de toute la haute Asie, dont ils demeurèrent maîtres pendant vingt-huit ans. Ils poussèrent leurs conquêtes dans la Syrie jusqu'aux frontières d'Égypte. Mais Psammitique alla au-devant d'eux, et fit si bien par ses présents et par ses prières, qu'ils ne passèrent pas plus avant, et délivra ainsi son royaume de ces dangereux ennemis.