Herod. l. 2, cap. 2, 3. Jusqu'à son règne les Égyptiens s'étaient toujours crus le plus ancien peuple de la terre. Il voulut s'en assurer par lui-même, et pour cela il employa une expérience fort extraordinaire, si pourtant ce fait doit paraître digne de foi. Il fit élever à la campagne, dans une cabane fermée, deux enfants nés tout récemment de pauvres parents, et il chargea un berger de les faire nourrir par des chèvres (d'autres disent que ce furent des nourrices à qui l'on avait coupé la langue), avec défense de laisser entrer aucune personne dans cette cabane, ni de prononcer jamais lui-même devant eux aucune parole. Quand ces enfants furent parvenus à l'âge de deux ans, un jour que le berger entra pour leur donner ce qui leur était nécessaire, ils s'écrièrent tous deux, en étendant les mains vers leur père nourricier, beccos, beccos. Le berger, surpris de ce langage, nouveau pour lui, et qu'ils répétèrent dans la suite plusieurs fois, en donna avis au roi, qui se les fit apporter pour être témoin lui-même de la vérité du fait; et ils recommencèrent tous deux en sa présence à bégayer leur petit jargon. Il ne s'agissait plus que de vérifier chez quel peuple ce mot était usité; et il se trouva que c'était chez les Phrygiens, qui appellent ainsi du pain. Ils eurent depuis ce temps-là parmi tous les peuples l'honneur de l'antiquité, ou plutôt de la primauté, que l'Égypte elle-même, quelque jalouse qu'elle en eût toujours été, fut obligée de leur céder, malgré sa longue possession. Comme on amenait à ces enfants des chèvres pour les nourrir, et qu'il n'est point marqué qu'ils fussent [Schol. Apollon. Rhod. 4. 262.] sourds, quelques-uns croient qu'ils avaient pu, d'après le cri de ces animaux, former ce mot bec ou beccos [160].

[Note 160: ][ (retour) ] Il est indubitable que telle est l'origine de ce mot, si cette histoire est vraie.--L.

Psammitique mourut l'an vingt-quatrième de Josias, roi de Juda. Il eut pour successeur son fils Néchao.

AN. M. 3388 AV. J.C. 616. NÉCHAO. L'Écriture fait souvent mention de ce prince sous le nom de Pharaon Néchao.

Herod. l. 1, cap. 158. Il entreprit de joindre le Nil à la mer Rouge, en tirant un canal de l'un à l'autre. L'espace qui les sépare est au moins de mille stades, c'est-à-dire de cinquante lieues. Après avoir fait périr six vingt mille hommes [V. plus haut p. 40, n. 5.] dans ce travail, il fut obligé de l'abandonner. L'oracle, qu'il avait envoyé consulter, lui répondit que, par ce nouveau canal, il ouvrait une entrée aux barbares: c'est ainsi que les Égyptiens appelaient tous les autres peuples.

Néchao réussit mieux dans une autre entreprise. D'habiles mariniers de Phénicie, qu'il avait pris à son Herod. l. 4, cap. 42. service, étant partis de la mer Rouge, avec ordre de découvrir les côtes d'Afrique, en firent heureusement le tour, et retournèrent, la troisième année de leur navigation, en Égypte par le détroit de Gibraltar; voyage fort extraordinaire pour un temps où l'on n'avait pas encore l'usage de la boussole [161]. Ce voyage fut fait vingt et un siècles avant que Vasquez de Gama, Portugais, eût trouvé, par la découverte du cap de Bonne-Espérance, l'an de notre Seigneur 1497, le même chemin pour aller aux Indes, par lequel ces Phéniciens étaient venus des Indes dans la mer Méditerranée.

Joseph. Antiq. lib. 10, cap. 6. 4 Reg. 23, 29, 30. 2. Paral. 35, 20-25. Les Babyloniens et les Mèdes, ayant détruit Ninive et avec elle l'empire des Assyriens, devinrent si redoutables, qu'ils s'attirèrent la jalousie de tous leurs voisins. Néchao en fut si alarmé, qu'il s'avança vers l'Euphrate à la tête d'une puissante armée pour arrêter leurs progrès. Josias, ce roi de Juda si recommandable par sa rare piété, voyant qu'il prenait son chemin au travers de la Judée, résolut de s'opposer à son passage. Il amassa dans ce dessein toutes les forces de son royaume, et se posta dans la vallée de Mageddo. (Cette ville était dans la tribu de Manassé, en-deçà du Jourdain; Hérodote l'appelle Magdole [162].) Néchao lui manda par un héraut que ce n'était pas à lui qu'il en voulait; qu'il avait d'autres ennemis en vue; qu'il entreprenait cette guerre de la part de Dieu, qui était avec lui; et qu'il lui conseillait de n'y prendre aucune part, de peur qu'elle ne tournât à son désavantage. Josias ne fut point touché de ces raisons. Il voyait qu'une si puissante armée ne manquerait pas de ruiner entièrement son pays par ses seules marches; et d'ailleurs il craignait qu'après la défaite des Babyloniens le vainqueur ne retombât sur lui, et ne lui enlevât une partie de ses états. Il marcha donc à sa rencontre. La bataille se donna; et Josias, non-seulement fut vaincu, mais reçut encore malheureusement une blessure dont il mourut à Jérusalem, où il s'était fait transporter.

[Note 161: ][ (retour) ] On a nié la possibilité et le fait de ce voyage. Le récit d'Hérodote contient des circonstances qui portent le caractère de la vérité. Les opinions des savants sont encore partagées à cet égard.--L.

[Note 162: ][ (retour) ] La ville appelée Magdole par Hérodote était située dans la Basse Égypte; elle est conséquemment fort différente de Mageddo, ville de Palestine. On croit qu'Hérodote a été trompé par la ressemblance des noms. (LARCHER, Chron. d'Hérod. t. VII, p. 114, 115.)--L.

Néchao, encouragé par cette victoire, continua sa marche et s'avança vers l'Euphrate. Il battit les Babyloniens; prit Charcamis, grande ville dans ces quartiers-là; et, s'en étant assuré la possession par une bonne garnison qu'il y laissa, il reprit au bout de trois mois le chemin de son royaume.