—Villard, tu es malade ... On va t’aider, mon pauvre.

Mais avant qu’elle ne l’eût touché, elle connut que du sang avait coulé sur la paille. Elle s’approcha encore. Elle ne put crier; une boule d’angoisse tournait dans son cou et ses jambes pliaient. Elle tira de toutes ses forces sur les vêtements de Villard: il changea lentement de place, aussi rigide qu’un madrier de bois. Alors, elle découvrit à la hauteur du cœur, un trou d’où le sang avait jailli, maintenant figé et noirâtre. Tout près, Calot balançait sa tête lourde. La mère regarda sa corne gauche; tout au bout, perlaient des gouttelettes rougeâtres.

—Ah! bête du diable! c’est toi qui l’as encorné! pleura-t-elle.

En hâte, elle sortit de l’étable pour aller chercher du secours. Elle appela Aimée et, ne la trouvant pas, elle comprit qu’elle était revenue à Rieux afin de ramener M. Rémy, le médecin.

Près du feu, dans la maison, le vieux Villard jouait avec Nonot. Il n’avait rien entendu, étant court d’oreilles; il s’étonnait que son garçon s’attardât si longtemps dans les champs.

Il dit à sa bru en faisant sauter le petiot sur un genou et sur l’autre, tandis que Vone et Tine s’amusaient dans la chambre:

—Ne te fais pas de méchant sang: le civet n’est pas brûlé ...

Elle regarda ce vieil homme aux paupières bridées et Nonot qui tirait la langue et battait des mains. Elle prit l’enfant par le bras, tout doucement, lui donna un morceau de sucre et l’enferma à clef avec ses sœurs dans la chambre.

Le grand-père s’étonna.

—Tu pouvais bien me le laisser; il ne me fatigue point.