Ayant achevé sa prière où s’amassaient des sanglots, un silence tomba; et l’on n’entendit plus que les trois petits enfants qui pleuraient derrière la porte.
II
On porta Villard dans le village des morts qui sommeille, gardé par sa croix mérovingienne, près du clocher dont l’ombre tourne au soleil.
Huit hommes, des laboureurs, bons piocheurs et faucheurs, le conduisirent à son dernier lit de repos; la cloche poussa sa voix, comme on l’y couchait, jusqu’aux champs où il avait travaillé.
Il y eut à la Genette un repas où l’éloge du défunt fut prononcé sur un ton grave et familier, selon la coutume, à la même table de cerisier où, tant de fois, il s’était accoudé, le soir, sous le poids d’une bonne fatigue.
On avait toujours connu Villard, franc et gai, avec une tête aux yeux qui regardaient en face, des épaules carrées et des bras forts, «levant bien l’été», ce qui est à dire la récolte, sans apparence d’effort. Il était aussi de bon service et de langage plaisant. S’il ne vivait pas souvent à la maison où il se trouvait à l’aise avec sa femme, son vieux, ses petits, c’est que le travail le piquait sans cesse.
Les larmes ne sont pas perdues sur la mort des hommes de ce bois-là. Hélas! on peut pleurer! On ne les rencontrera plus par les chemins et les champs de ces pays d’en bas.
La mère s’était enfermée dans la chambre. Elle avait dit:
—C’est comme si je saigne en dedans. Si je parle, je vais crier et je n’en peux plus. Faut me tenir couchée.
Sur le lit, elle gardait les yeux clos, dans le demi-jour des volets fermés.