Aimée avait servi les agapes de la mort; elle se tenait debout, par miracle; de la cendre s’était mêlée au teint de rose et de lait de sa mignonne figure. Mais elle voulait assurer l’honneur et l’ordre de la maison. A toutes choses, elle avait veillé. Tine, Vone et Nonot étaient habillés, par ses soins, de cheviote noire.
Suivie de son grand-père et de Brunette qui, dans son museau couleur de suie, levait des yeux beaux comme deux gouttes de feu doux, elle avait attaché un morceau d’étoffe sombre aux chapeaux de paille des ruches en prononçant tout bas les paroles coutumières:
Abeilles, votre maître est mort,
Je vous porte le deuil ...
Parents et amis s’en allèrent; et il semblait que l’horloge en plein jour battît plus fort qu’au plus profond de la nuit.
III
La claire saison approchait. Les haies blanchissaient et verdoyaient. La terre appelait au travail les solides garçons et les bonnes filles par son blé qui s’étendait en brumes vertes et ses prairies plus épaisses. Sur la ligne de l’horizon se suspendait et jouait la jeune espérance.
Mais, à la Genette, la mère se sentait le cœur vide, le corps sans forces. Elle était de pauvre santé, et si elle avait travaillé souvent plus qu’elle ne pouvait, c’est que le courage de son homme la portait.
La fête des Rameaux arriva. Dans les champs, le buis bénit fut piqué pour garder la future moisson.
Partout, il y avait grande hâte; on faisait les derniers labourages, et des pluies obstinées avaient retardé la plantation des pommes de terre.
Au domaine, depuis la mort de Villard, le courant profond et régulier du travail était contrarié. Aimée nourrissait les bêtes, les conduisait au champ, préparait le repas, pétrissait le pain, surveillait les petits; et elle n’avait jamais fini de mettre tout en ordre dans le logis, sa mère se tenant au coin du feu, les mains croisées sur les genoux, immobile, gémissante, près du vieux Villard assoupi et morne. Mais elle pensait avec un cuisant chagrin que le Vergnaud, la Fond-Belle, le Cros-du-Loup n’étaient pas labourés.