Devant la première marche de l’escalier de la terrasse, il bredouillait ses paroles qu’il coupait de soufflements, car il était un peu poussif, à cinquante ans passés.
Aimée haussa les épaules et dit:
—On ne savait pas, Courteux.
Il monta les marches et vint dans la cuisine.
—Bonjour, vieille, tu te tapes dans la cheminée, ma pauvre. Tu as plus goût à rien. Je comprends ça.
Il prit lui-même une chaise sans prêter attention à Aimée qui faisait le ménage du matin. La mère repartit à bien faible voix:
—Comment veux-tu que je me guérisse de ce coup? C’est comme si j’avais les reins cassés.
Il fit tourner la chaise où il était assis, face au feu de châtaignier qui brûlait en claquant sec. Il était petit, un peu bossu, tout noueux et relevait une tête maigre aux yeux clignotants, une face rasée, creusée, mais rembourrée par des pattes de lapin et soutenue par un cou desséché, fendillé comme une vieille brique. Il avait posé sur ses genoux ses mains en pinces dont la peau, çà et là, semblait rôtie; il ne pouvait plus les ouvrir tout à fait, tant elles avaient serré de manches de pioche et de charrue.
La mère Villard ne le trouvait guère plaisant, cet homme plus dur et sec qu’une bille de buis. Mais elle l’avait toujours un peu ménagé en qualité de voisin. Et il était riche sans que nul osât le lui dire, car il aurait sursauté de colère.
Il parla, ayant fait glisser sur la nuque son chapeau rond dont le feutre était plus gras et crasseux qu’un harnais de bourrique.