Nanée, le panier de bois en main, plantait les pommes de terre après les avoir coupées. Courteux pressa le pas pour aider et donner son coup d’œil.
Piarrou le vit venir, mais continua de pousser la charrue pour recouvrir la semence. Il allait, pesant, les membres tassés, le cou rentré dans les épaules, sa grosse tête morne un peu penchée et montrant une résignation sans bornes, dans le cercle de la vieille habitude.
Jean Charier, du village des Barres, petit valet rousseau de quatorze ans à peine, agile comme une sauterelle, obéissait à Nanée.
Courteux cligna de l’œil pour mesurer la besogne. Ses courtes jambes écartées, ses sabots de vergne enfoncés dans des mottes grasses, il leva la main contre le soleil afin de mieux voir. Et tout à coup, il se mit à crier d’une voix enrouée:
—Ha! mauvais Piarrou! Il fallait labourer de biais, du côté du pommier! Sais-tu point qu’il y a trop d’eau à cette place? La pomme de terre y pourrira; dix sacs de perdus. Misère, nous périrons de faim cette année.
Piarrou voulut répondre, mais il bredouilla des paroles qui vinrent au bord de sa grosse moustache et retombèrent aussitôt dans son gosier. Il arrondit les épaules et tourna le soc en piquant les bœufs.
Mais Courteux hurla:
—Tout ça, c’est mal fait! On voit bien que j’étais point là.
Et d’une main sèche, il alla trier les pommes de terre dans les paniers de bois. Il eut un geste de grande pitié en disant à sa femme:
—En voilà quatre qui n’ont point d’œil! tu n’as pas honte!