L’ombre tombait, mais la mère Brilloux entra, portant un fagot bien sec qu’elle dressa dans la cheminée. Elle y mit le feu qui monta d’abord dans la brindille et vite brûla clair sous la marmite.

Elle salua Villard, et tout de suite le plaignit de plein cœur pour cet accident du diable qui avait porté son gars en terre.

—Vous avez eu bien du malheur. Si Brilloux pouvait vous prêter la main, ce serait avec plaisir. C’est juste s’il tient sur ses jambes.

Villard remercia pour l’amitieuse pensée. Il dit avec un sourire tout naïf, comme en peuvent avoir les petiots ou les trop vieux:

—Je comprends point que toi, Brilloux, qui as deux fois dix années de moins que moi, tu sois comme ça tout tapé; ça serait bon à moi, mais je vaux pas cher; une pauvre peau sur des os si secs que du bois sec.

Il but un verre de cidre que lui servit Brilloux. Ils trinquèrent. Le jus de la pomme, qu’il accompagna d’une croûte de pain, mit un peu de rouge à ses pommettes et lui remua le sang. Il serra la main de Brilloux et dit sur le pas de la porte:

—Te souviens-tu quand tu levais l’été à la Genette? On travaillait autant les uns que les autres. Tant plus on suait, tant plus on buvait. Le soleil pompait tout ça. Ah! pauvre bon temps.

Le soir était tout à fait venu. Villard se dirigea vers Ballanges: quatre maisons accroupies dans une terre qui fait le gros dos sur la Gartempe.

Bientôt la nuit tomba à menus flocons, et le ciel, qui était à l’ouest d’argile jaune, montrait une petite plaie aux lèvres retournées, comme en peut faire un couteau de boucher, et qui devait saigner en dedans. On entendait au loin un cri long et sonore de bergère appelant son chien. Une coulée noire emplit la route que suivait Villard, et les arbres du fossé perdaient leurs formes dans le brouillard qui se levait. Un rayon de lampe que l’on allumait au village proche venait jusqu’aux yeux du vieil homme.

Il arriva à Ballanges; des chiens aboyèrent. Il appela, étourdi de fatigue.