—Ho! Fansat! Ho! Lionnou! Es-tu là?
Fansat ouvrit sa porte, et il aperçut le père Villard qui pesait des deux mains sur son bâton et tremblait comme un homme saoul.
—Entrez donc, père Villard, dit-il.
Mais le vieux continuait de trembler. Alors il le prit sous le bras et le conduisit devant la cheminée. A la vue du feu qui brûlait clair, Villard se ranima. Il parla en hâte, sans demander comment allaient la santé et les affaires de la maison. Lionnou, près de la flamme, haut et long, avec une tête en broussailles, une figure gardant tout son poil et piquée par des yeux gris, avait l’air d’un grand chien mouton. Trois petiots étaient assis entre les chenets, le derrière par terre, et la mère, forte femme, apprêtait la soupe du soir. Fansat écouta Villard, mais d’abord il ne comprit pas grand’chose à ses paroles précipitées.
—Mon gars, tu as servi dans le temps, chez nous, petit valet, reprit plus lentement Villard qui soufflait, les pieds devant la braise. Y a du malheur à la maison; tu le sais bien. Y nous faut un garçon courageux et plaisant comme toi pour nous aider. Ne réponds pas non, Lionnou.
—Vieux, arrêtez-vous de parler. J’ai des journées à faire à la Borderie, mais je m’arrangerai à venir chez vous. On connaît le brave monde.
—Tu auras cent vingt pistoles.
—Ça suffit. Pas plus tard que demain, j’irai chez vous. Vous pouvez le dire et vous allez manger la soupe avec nous.
—Laisse-moi m’en aller, mon fi. J’ai besoin de m’en revenir. Je suis content.
Mais Fansat voulut l’accompagner un bout de chemin. La lune était dans son premier quartier et luisait bien faiblement.