Villard était exténué; ses épaules fléchissaient et sa tête alourdie le poussait en avant, mais il crispait sa main sur son bâton pour ne pas tomber. Parfois une joie lui chauffait le cœur, une pauvre joie infinie et vague.

—Ils seront contents, marmonnait-il.

A une lieue de la Genette, Lionnou Fansat le quitta; ils n’avaient échangé que peu de paroles.

Il passa la Gartempe au pont de Chanaud; la lune se cachait dans de gros nuages. L’ombre était épaisse, et maintenant le chemin devenait raide en serpentant vers la Genette.

Le vieux grondait:

—Ça va bien, j’arrive ... Patience ... J’arrive.

Et il jetait en marchant des «han» comme un homme qui enfonce un coin de fer dans du bois dur. Il serrait ses mâchoires pour lutter contre une fatigue terrible, et bien qu’un vent froid se fût levé, la sueur roulait de sous son chapeau. Peu à peu, les ténèbres dansèrent devant ses yeux; des formes se mêlaient et se séparaient. Soudain, il crut voir au bord du sentier un homme qui était assis et qui soutenait sa tête dans ses mains.

—Ce serait-il toi, mon pauvre garçon? demanda-t-il.

Il s’approcha, ne rencontra rien qu’une ombre qui s’effaçait; il trébucha et roula dans le fossé. Alors, il eut peur et cria. Il était seul; il se releva avec grande peine. Et continuant de marcher, il répétait pour se donner du courage:

—J’arrive, Aimée, Tine, Vone, Nonot ... Patience!