Elle ouvrit à Fansat et le fit entrer, en lui disant des paroles d’amitié et de merci. Elle avait préparé un tourain qui est un bouillon à la farine de blé, relevée d’une gousse d’ail ou d’un oignon frit dans du lard.
—Asseyez-vous et mangez un peu. Il fait loin de Ballanges à la Genette.
Elle posa sur une serviette de chanvre une bouteille de cidre bouché, et une assiette de salé.
Fansat, plaçant ses hardes dans un coin, la remercia bien poliment. Il mangea la soupe chaude et but un bon coup.
De derrière les rideaux à fleurs qui fermaient de tous les côtés son lit, le vieux Villard envoya à Lionnou Fansat un salut tout enroué.
—Je peux point me lever encore, mon pauvre.
—Vous tracassez point, repartit Fansat. On fera ça qu’il faut.
La mère à son tour s’éveilla, fit entendre quelques plaintes et se rendormit.
—Ne faisons pas de bruit, dit Aimée. Laissons-les dormir. Pourvu que les petits soient réveillés une heure avant la classe; ça suffit. Il faut du sommeil à ce petit monde.
Brunette qui avait grondé quelque temps se tut, et levant son nez fin vers Lionnou, elle devinait un ami.