Le ciel parut se hausser et l’air devint bleuissant et doré.

Fansat alla à l’étable et remarquant que les bêtes mangeaient et que la litière était propre, il s’étonna:

—C’est-il vous qui avez tenu ça en état? C’est point de la besogne de demoiselle. Mais c’est brave, ça!

Elle rougit de confusion, et dit qu’elle avait fait comme elle pouvait, sans plus. Fansat la considérait, ébaubi; et liant deux vaches qu’il attela à la charrette où il porta le soc, il se mit à parler de confiance:

—Ah! mademoiselle Aimée, si j’avais su que vous soyez en peine de trouver quelqu’un, y a bon temps que je serais venu. Vous vous souvenez, peut-être, que j’ai prêté souvent la main à Villard quand j’étais jeune valet, mais vous étiez toute petite. Courteux de la Grangerie jasait partout qu’il achetait votre bien et j’ai idée qu’il racontait des histoires au monde pour qu’on n’aille pas chez vous et que vous lui laissiez le bien pour bon compte, à force d’ennui.

Elle était heureuse et ne songeait à accuser personne par ce matin moins pur que son cœur où la lumière s’ouvrait. Elle dit:

—Je vais vous montrer les terres. C’est un beau temps pour labourer. Je reviendrai vite, car il faut m’occuper des petits et de mon grand-père.

Tandis qu’ils cheminaient, le soleil s’élevait, découvrant tout le pays, glissant sur les haies, coulant dans le guéret, les prairies, les eaux où ses ors se mêlaient d’argent parmi de grandes brumes bleuâtres.

Ils arrivèrent au Fondbaud. Fansat s’écria:

—Le temps y est. Faut se presser.