Quand Aimée eut fait accepter à Jean une pleine assiette de soupe, elle mangea, mais le bouillon s’était refroidi.
La mère marmonna:
—Ton père, depuis la pique du jour, a été voir ces barrières que le méchant temps a mis bas, dans les prés qui sont tout noyés. Je vais placer la soupière près du feu pour qu’il ne la trouve pas comme un glaçon. Il n’en finit jamais, le pauvre homme. Il ira à la messe de dix heures.
Le grand-père, ayant mouillé le fond de son assiette d’un peu de vin rouge, se sentit réconforté. Son œil brilla; il prit Jean sur ses genoux et le fit sauter à bourriquot. Le petiot en tirait la langue de plaisir. Le vieux, fatigué par ce cavalier d’un sou, gros comme quatre pommes, voulut le poser à terre, mais il ne le put avant d’avoir joué avec lui à la barbichette.
Je te tiens par la barbichette,
Le premier qui rira
Aura une tapette!
Nonot retenait si fort son rire qu’il en avait les yeux écarquillés, les joues grosses, puis il pouffait; et le vieil homme grognait en lui donnant une tape qui n’aurait pas écrasé une mouche.
—Ho! le mignard! Ho! la fine pintade! Tire-toi de là, ou bien je te coupe le petit bout de l’oreille!
Il alla s’asseoir sur le banc à sel; et tout repu, bien tranquille, il s’amusait à porter autour de la cocotte des braises qu’il saisissait, une à une, du bout des pincettes.
Tine et Vone, comme on les nommait pour parler court, tapaient du pied sur la terrasse. Aimée enleva le couvert et d’un coup de serviette nettoya la table. Tine secouait avec impatience sa petite natte qui lui battait le dos; elle allait montrer aux gens du bourg ses souliers bien cirés et son chapeau où bouffait un beau nœud rouge. Vone dit:
—Aimée, la cloche bombonne. C’est le premier coup.