La mère jeta sur ses épaules sa cape bordée de velours.
Aimée attela Pompon au charreton; et l’âne au poil roussi, qui balançait entre les brancards sa queue râpée comme une grosse vieille corde, la regardait d’un œil tranquille. La mère s’assit sur le banc, près des petits; Aimée monta à son tour et prit les rênes.
Pompon n’allait pas ventre à terre; il avait un trot sautillant et court. Quelquefois, on aurait dit qu’il voulait reconnaître la route. Alors il saluait de sa tête pesante, pointait ses longues oreilles, s’arrêtait, reniflant quelque odeur de chardon succulent. Mais le bâton qui est muni d’un clou aiguisé le piquait. Il repartait en soufflant, rabattant le double cornet bourru de ses oreilles pour écouter les propos des bonnes gens qui chargeaient le charreton.
Rieux était à une petite lieue de la Genette. Le chemin fut bientôt fait. Aimée sauta lestement à terre, puis la mère et les petiots. Selon une vieille habitude elle attacha Pompon par la bride à un tilleul ratatiné de la place de l’église. Les cloches sonnaient dans le ciel. Les gens de campagne s’en venaient, par groupes; femmes sous la cape antique, lurons en habits de ville et filles joufflues, fouettées de plein air.
Nonot se carrait dans sa veste courte, les poings aux poches, le béret un peu sur l’oreille. Il avait vu la bonne femme qui offre, près de la porte de l’église, dans un panier plat, des gâteaux fondants et bien faits pour le plaisir de la langue. Il en avait de la salive sur ses petites babines.
Mais la mère, près de sa grande Aimée, vint au cimetière. Sur la tombe où reposaient ses défunts, elle fit couler de l’eau bénite. Et devant la vieille pierre en forme de cercueil, elle pria dans son cœur où veillaient les morts abatteurs de besogne et anciens gens de droiture.
Les cloches avaient fini de sonner dans le clocher couvert d’écailles de bois, que pluie et soleil avaient rendu couleur de rocher.
Le curé Verdier montait à l’autel. La mère entra la première dans l’église blanchie à la chaux comme une salle paysanne et dallée de grosses pierres que le pas des fidèles, au long des siècles, avait polies. Une odeur de terre fraîche flottait que ne pouvaient effacer le rare encens et le parfum des deux chandelles de cire. Les champs pénétraient dans la nef aux lourds arceaux, par les souffles de leurs plantes et de leurs eaux vives.
La mère Villard porta sa chaise non loin du chœur, à la même place où sa mère qui n’était plus de ce monde, mais priait au ciel, à cette heure, s’agenouillait en faisant tourner le chapelet de buis. A côté d’Aimée, Nonot se tenait tranquille; et les petites levaient les yeux vers le vitrail qui éclairait l’autel et où les couleurs étaient joyeuses, comme une nichée d’oiseaux.
L’abbé Verdier dit l’Évangile du jour, de cette voix rude qui plaisait aux fidèles paysans. Puis il parla, car il ne prêchait pas. Des images familières, tirées de la vie des champs, se pressaient sur ses lèvres; il en jaillissait mille plantes de vertu. Il devisait un peu à bâtons rompus des anges et des saints; mais son cœur brûlait au milieu de ses paroles, pour la gloire de Dieu.