L’institutrice, humble et sans âge, entonna au clavier de l’harmonium les premiers couplets d’un cantique qui s’élève et touche le ciel.

Vone et Tine chantèrent, la bouche bien ronde et contentes de prier ainsi.

Le voici, l’Agneau si doux,
Le vrai Pain des anges;
Du ciel, il descend sur nous;
Adorons-le tous!

Aimée chantait et s’allégeait. Le cantique ancien qui s’approche de Jésus, sur un rythme naïf et pur, dans une pauvreté merveilleuse, s’acheva. Aimée, les mains jointes, murmurait:

—Je ne suis rien, mon Dieu; mais vous êtes le Maître et je suis votre petite servante.

La messe dite, le peuple paysan se répandit sur la place; on se saluait avec bonhomie, et l’on s’interrogeait sur les choses de la maison et des champs.

Nonot s’était arrêté devant le panier plein de gâteaux en forme de lunes ou de tricornes. Il tirait un bout de langue et ses yeux brillaient. La mère le blâma de sa gourmandise; mais sa grande sœur acheta de ces friandises qu’elle distribua aux petits sans en garder pour elle. Pompon grattait la terre du pied et frottait ses longues oreilles sur le tronc du tilleul rabougri; il s’impatientait. Aimée détacha la bride; tous montèrent dans le charreton.

Il faisait beau, malgré le vent froid; on sentait l’approche de la gaie saison. Des deux côtés de la route, l’herbe nouvelle verdoyait; on pouvait apercevoir des miroirs d’eau, dans les lointains, ou le saut d’un ruisseau brusque et blanc entre des arbres qui avaient l’air de pèlerins arrêtés dans la prairie. Chemin faisant, la mère montrait de bonnes pièces de terre qui étaient, depuis toujours, réputées pour les récoltes qu’elles donnaient. On n’avait pas besoin de les fumer ni de se tuer le corps dessus. Ici, c’étaient des champs de blé en belle lumière; là, des prés superbes où l’eau était naturellement mesurée, sans trop de pentes, la couleur de l’herbe le révélant. Elle dit:

—Faut pas trop nous plaindre. La Genette n’est pas mauvaise. Et pourvu qu’on mange son pain!

Nonot demandait des terres où pousseraient des gâteaux comme on en vend à la porte de l’église.