—Je vous remercie, Jacques; c’est agréable de se promener par ce beau temps-là.

Il lui fit entendre, en baissant la voix, qu’il n’était venu que pour elle et non pour jouir de ce premier soleil.

—Mon Dieu, que vous êtes jolie, Aimée! murmura-t-il.

Elle tenait les yeux baissés sur son ouvrage, mais ce murmure l’environnait d’une chaleur soudaine. Il la voyait de profil et la ligne de son visage était animée d’une ombre très douce.

Un silence passa entre eux. Elle leva vers lui des regards purs et le trouva gentil. A présent, il parlait en choisissant des mots qu’il jugeait élégants:

—Ne vous ennuyez-vous pas? La campagne, c’est charmant l’été, mais l’hiver, je ne la saurais supporter. A la ville, il y a de tout, des distractions abondantes et variées. Vous n’avez pas quelquefois envie d’y aller? Mais j’y songe, vous ne connaissez pas cette vie.

—Je me trouve heureuse ici, sous ce toit, et j’aime la paix où l’on travaille à l’aise.

Il dit des paroles de regret. Il était dommage qu’une fille comme elle voulût se cacher en ces terres perdues. Il lui demanda la permission de la revoir.

—Je voudrais, Aimée, que nous nous rencontrions dans les champs. Nous nous promènerions à l’ombre des sentiers fleuris. Vous me parleriez de vous. On dit que vous êtes vaillante, mais quelquefois ne sentez-vous pas le désir d’être écoutée par un garçon de votre âge qui serait votre ami?

Il la regarda, avec une ardeur cachée. Elle répondit par quelques mots simples, tandis qu’un sourire naissait sur ses lèvres, éclairait doucement les traits du visage. Il s’en alla, émerveillé de tant de pureté. Aimée continua de travailler à son ouvrage en rêvant. Mais Vone, Tine et Nonot montèrent bruyamment les marches où sonnaient leurs petits sabots.