Nonot courut vers Aimée et sauta sur ses genoux. Alors elle sortit de sa songerie; elle comprit que, pour la première fois, son cœur avait battu la campagne loin de la maison et du feu qui s’éteignait. Elle l’attisa en hâte. Mais Nonot l’avait saisie par un pan de sa robe.

—Pourquoi tu ne parles pas, Mémée? Est-ce que tu as mal?

Elle se tourna vers lui avec brusquerie; elle vit que les yeux de l’enfant l’interrogeaient, et soudain elle cacha son visage sous ses mains rapprochées.

X

La saison était avancée. Il fallait maintenant désherber les pommes de terre et les chausser; elles s’annonçaient belles, la feuille drue et bien verte. La mère, encouragée par sa fille Aimée, travaillait de meilleur cœur; Fansat se montrait rude abatteur de besogne. Et les jeudis, Vone, Tine et Nonot aidaient de leur mieux, tandis que le grand-père soignait le bétail.

La fête des Rogations arriva. De bon matin, Aimée vint au bourg de Rieux; ses petites sœurs et Nonot l’accompagnèrent, vêtus de leurs habits du dimanche.

L’abbé Verdier dit la messe. Aimée lisait dans son paroissien les paroles qui ne passent pas: «Poussez des cris de joie vers Dieu, habitants de la terre!» Heureuse d’un bonheur qui n’était pas de ce monde, elle était à genoux dans la lumière de son âme. Le curé donna lecture de l’Évangile du jour: «En vérité, je vous le dis, si vous demandez quelque chose au Père, en mon Nom, Il vous le donnera ...»

Il ne fit aucun commentaire et continua l’office. Aimée priait, le visage penché, les mains jointes.

—Accordez-moi ce que je Vous demande pour la maison. Donnez-moi la force de bien travailler. Gardez de toutes maladies Tine, Vone et Nonot qui sont comme de petits orphelins. Qu’ils soient bons. Mon Dieu, je ne suis rien, mais Vous pouvez tout.

La messe finie, les cloches sonnèrent pour la procession. Les fidèles se rangèrent sous le porche et l’institutrice fit marcher ses élèves. Les femmes, dans leurs capes noires, s’avancèrent, le chapelet aux doigts, et les jeunes filles aux corsages clairs.