L’abbé Verdier tenant à la main un crucifix argenté parut, suivi de son mérillier, vieux paysan de Rieux.
Le soleil était haut et la cloche semblait repousser les nuages dont quelques îlots flottaient dans le ciel.
Les litanies des saints commencèrent, tandis que le cortège, après avoir traversé le bourg, entrait et se resserrait dans un sentier qui tournait en une masse de robuste verdure où brillaient les feux de la rosée.
Dans une immense paix fraîche, sous les branches des chênes qui se rejoignaient, l’abbé Verdier allait, appelant la multitude des anges et des saints, les apôtres et les innocents que le Cruel égorgea, les prêtres, les ermites, les moines laboureurs, les martyrs d’où coule, pour les siècles, la source de sang qui purifie le monde. Une réponse de la terre, un écho venu des bois proches, se levait.
Au tournant des sentes, des croix se dressaient, ornées de bouquets de fleurs, alors un enfant sonnait de sa clochette et l’abbé Verdier bénissait les fidèles agenouillés. Chacun se relevait et retenait son pas pour rythmer la marche. Aimée unissait sa prière aux souffles de son pays et suppliait Dieu d’éloigner le péril qui guette sans cesse.
—Daignez donner et conserver les fruits de la terre! chantait l’abbé Verdier.
Le chant latin était beau comme la branche flexible des chênes.
Pour tous, le mérillier, homme que trente ans de travail dans les champs avaient desséché et rendu pareil à quelque noir sarment, répondait:
Tous savaient que le nuage est plein de foudre et de grêle qui s’abattent sur le blé.