Aimée avait pris par la main Nonot, qui sautait en marchant, d’un pied et de l’autre, tandis que Vone et Tine cheminaient devant eux, bien sages.
Lascaud était du côté de la Genette. Aimée accompagna Clémentine jusqu’à la Croix-du-Repaire, lieu où le chemin se dédouble. Elles étaient contentes de parler des choses et des gens du pays. Depuis longtemps elles n’avaient eu ce loisir. Comme elles allaient se quitter, Jacques Lavergne les dépassa et sauta lestement de bicyclette. Il salua Aimée et sourit à Clémentine.
—J’ai beaucoup de chance de vous rencontrer, avec votre gentille amie. Ne serez-vous pas au bal, ce soir?... Mais j’y songe, cela est incongru, vous êtes en deuil.
Il y eut un silence. Aimée était douloureusement étonnée par les paroles précipitées de ce garçon qui soulignait sa légèreté en s’excusant. Clémentine la quitta, et elles se promirent de se revoir plus souvent.
Jacques Lavergne, poussant de la main sa bicyclette, demanda à Aimée la permission de l’accompagner un peu. Mais elle répondit qu’elle était pressée et peu disposée à parler.
—Vous aurais-je blessée? dit-il en levant vers elle des yeux attristés. Si cela était, j’en serais bien malheureux.
Et remontant brusquement sur sa bicyclette, il s’éloigna vers Rieux. Aimée, en revenant à la Genette, se reprocha d’avoir été dure pour ce garçon, un peu étourdi peut-être, mais qui lui parlait d’une voix douce.
Nonot l’avait quittée et poursuivait dans l’herbe du fossé quelque sauterelle verte. Elle courut vers lui et, l’élevant dans ses bras, elle l’embrassa avec une ardeur dont elle était effrayée.
XI
Aimée pouvait à présent prendre un peu de repos, tant Lionnou Fansat montrait du courage à la besogne. On avait chaussé les pommes de terre, désherbé le blé. Et l’on attendait que l’été eût grandi encore pour le cueillir.