—Allez voir dehors si le coucou chante comme le merle, dit Fansat impatienté.
Courteux descendit deux par deux les marches de la terrasse en assurant que l’on aurait de ses nouvelles. Et pour décocher une belle injure, il hurla:
—Mangeurs de poulets!
Quatre jours après, Villard reçut une assignation à se présenter devant le juge de paix de Bellac. Il se rendit à la ville, en carriole, au jour fixé.
Courteux exposa son affaire sur un ton aigre-doux; les mains cachées dans les poches de sa blouse, il se trémoussa, mais en vain.
«Le mur mitoyen, déclara le juge, ne soutenait pas un bâtiment appartenant à Villard. Courteux avait jugé bon de le faire reconstruire, mais Villard n’était nullement tenu d’y contribuer, pas même dans la proportion de la plus-value que le mur acquérait, du fait de la reconstruction. Les frais devaient rester entièrement à la charge de celui qui les avait occasionnés. Et encore Courteux, en projetant une énorme pierre, l’avait fait s’écrouler volontairement à un endroit.»
—Mais y ne tenait point, monsieur le juge de paix, je vous le certifie!
Il répéta dix fois cette phrase, en arrondissant ses yeux qui ne clignotaient plus, tant il était ému. Mais il dut s’en aller déconfit.
XVII
On se gaussa dans la contrée de ce faiseur de procès. Il perdait son prestige d’homme malin, acquis par tant de ruses. Il jura de se venger; des jours entiers, il y songea, la tête dans ses mains; un premier échec l’avait rendu prudent. Il eut des idées qui ne lui faisaient pas beaucoup d’honneur. Comme il menait ses vaches paître dans une prairie voisine d’un champ de choux qui appartenait au bien de la Genette, il laissa brouter les légumes en comprenant qu’il faisait une bêtise et risquait trop d’être découvert. Sa rage ne pouvait s’apaiser. Il enfonça de longues pointes dans les pommiers de Villard, à la hâte, quand il était sûr de n’être pas vu. Un moment, il rêva d’amorcer un procès en détournant soi-même un ruisseau qui traversait la Genette et venait irriguer la Grangerie, pour se plaindre ensuite de manquer d’eau. Mais il eut peur d’être déjoué. Il poussa la folie jusqu’à porter nuitamment, à pas de loup, quelques jeunes lapins dans le potager de la Genette, afin qu’ils broutassent les légumes sans que l’on sût à qui s’en prendre.