Un soir pluvieux, comme il errait, tracassé par de mauvaises pensées, dans les terres de la Genette, il se trouva brusquement en face de Lionnou Fansat. Il eut un premier mouvement de recul, mais Fansat le saisit solidement au col de sa veste, et dans sa figure hérissée, les yeux brillaient clair.

—Ne recommencez point ces amusements, vieux! Ça vous coûterait cher et je vous baillerais une volée qui vous donnerait envie de vous reposer. Et merci pour les lapins, on en fera de bons civets.

Courteux bégaya, demandant grâce et feignant une grande surprise.

XVIII

Aimée cachait profond sa peine, mais elle se trouvait bien lasse. Jamais elle n’avait mesuré tant de jours où son cœur s’était dévoué. Elle ne pensait pas que par elle, la maison, la terre avaient été préservées. Et elle ne pouvait empêcher que le souvenir de Jacques Lavergne ne l’atteignît encore à certaines heures silencieuses où le soir d’été se replie.

Elle avait maintenant le loisir d’aller souvent à Lascaud. Avec Clémentine qui s’occupait de couture, elle devisait des choses du pays, et le rire naïf de son amie qui fusait à propos de riens, l’ensoleillait. Bien jeunes encore, elles pouvaient se dire: «Te souviens-tu?» et parler des années de prime enfance.

Les jours s’écoulaient, calmes, limpides, reflétant du ciel.

Aimée s’attardait au champ. Elle emmenait avec elle Nonot qui l’égayait par maintes boutades d’enfant éveillé. Lorsqu’il avait assez cabriolé dans la prairie rase, bien joué avec Brunette, il venait se blottir contre sa grande sœur et demeurait quelque temps silencieux. Elle sentait une douceur infinie descendre, lorsqu’elle posait sa main sur la petite tête blonde. Comme cet enfant gardait bien son cœur!

En ce temps, il advint que Brunette mit bas un petit, dans le nid de paille qu’elle roula dans un coin de la grange.

—Nous n’aurons pas besoin de noyer les autres, puisqu’y en a qu’un, dit Fansat.