Nonot, Vone et Tine voulurent toucher le nouveau-né qui était couleur de paille d’avoine.

—Il n’a pas les œils encore ouverts, dit Nonot.

—Il est bien grassouillet, ajouta Vone.

Brunette leur laissa caresser son petit, puis elle l’attira sous sa fourrure noire, après l’avoir léché de sa large langue. Et l’on entendait le clappement du nourrisson qui tétait, cependant que la mère ouvrait grands ses beaux yeux dorés.

Il ne se passait pas de jours sans que l’on vînt la fêter, lui porter un bout de galette, une jatte de lait. Alors elle se levait pour remercier et le petit chien détaché de sa mamelle roulait drôlement sur les reins, ce qui amusait beaucoup les enfants. Puis elle revenait à son nid et s’immobilisait pour ne cligner que de l’œil et ne frémir que du bout de ses oreilles frisées.

Après une huitaine de jours, elle put quitter son petit et reprendre sa tâche dans les champs. Le chiot goulu la tétait trois fois par jour et maintenant il pouvait se soutenir en tremblant sur ses courtes pattes pour retomber vite sur son derrière orné d’une queue rase guère plus grosse que celle d’un rat. Il ouvrit les yeux et les montra, couleur d’étang à la brume; l’or de la vie n’y mettrait son anneau que plus tard.

Le dimanche qui suivit la bonne fête du 15 août, Aimée, levée dès la pointe du jour, aperçut Brunette qui revenait d’une brève promenade qu’elle avait coutume de faire, dès l’aube. Elle avait l’air inquiet; son poil se hérissait quand elle poussa la porte de la grange qui était entr’ouverte. Aimée vint la caresser. Le petit chien sortit de son nid de paille et sauta vers sa mère pour la téter. Mais Brunette l’éloigna, ce qui étonna beaucoup Aimée. Et tout à coup, elle s’abattit tout d’une pièce ainsi qu’une masse de bois, les pattes étirées comme si elles étaient liées. Ce fut si brusque qu’il parut à Aimée qu’en tombant sur la terre battue, elle s’était transpercé le cœur de part en part sur quelque couteau dressé.

Bientôt Aimée comprit; Brunette se débattait, roidie, durcie, empoisonnée sans aucun doute. Elle la releva et la soutint entre ses bras. Elle la caressait et tremblait comme elle. La bonne bête la regardait d’un œil dilaté et fixe.

Alors elle appela de toutes ses forces et demanda du lait. Lionnou Fansat accourut, apportant une jatte qui en était pleine. Il grogna:

—C’est ce porc de Courteux.