Elle arriva à mettre Brunette debout. La chienne eut la force de lapper le lait en frissonnant de tout son corps où passaient des élancements qui lui rebroussaient le poil. Mais de nouveau elle tomba sur le flanc, horriblement crispée.

Aimée vit bien qu’elle allait mourir. Elle la prit tout contre elle en s’asseyant sur un tas de foin et des larmes roulaient sur ses joues. Les regards suppliants de Brunette, tandis qu’elle haletait les muscles sortis comme des cordes, se tendaient vers sa maîtresse; ils semblaient dire:

—Sauve-moi; je ne t’ai jamais fait de peine! Comment ne peux-tu pas me sauver!

Fansat pleurait en éloignant le petit chien. Le poison agissait avec une effrayante violence. Aimée se sentait impuissante à sauver Brunette. Elle vit peu à peu les yeux de la bête si chère pâlir, devenir glauques et s’effacer l’anneau d’or qui les éclairait. Un dernier accès; Brunette se détendit, pencha sa belle tête et mourut.

XIX

On l’enterra dans le verger sous un pommier rond, dans ces ombres où tant de fois elle avait dormi à l’heure chaude de midi, en ces lieux qu’elle gardait de ses abois vigilants et de ses regards attentifs. Un petit oiseau était venu se poser sur le tertre frais, sans doute pour y cueillir quelque grain; Aimée y vit un signe de douceur.

Brunette fut pleurée dans les champs et le soir, au coin du feu. La mère, le vieux Villard et Lionnou Fansat retracèrent sa vie obscure que la fidélité réchauffait sans cesse, pareille à quelque flamme profonde dont on ne voyait qu’un reflet fauve dans ses bons yeux.

—Il ne lui manquait que la parole, dit la mère.

—Non pas! tous ses mouvements parlaient, s’écria Aimée. Elle montrait sa joie par des battements de sa queue en panache; son inquiétude quand elle pointait ses oreilles, son obéissance lorsqu’elle les rabattait. Elle avait des signes pour toutes les circonstances de la vie.

Le vieux Villard rappelait qu’il l’avait dressée, jeunette, pas plus grosse qu’un chou. Dans le pré des Beaux, elle jappait et, se lançant sur les vaches, elle butait contre des mottes de taupes, faisait la culbute et repartait de plus belle. Qu’elle était mignonne et vaillante!