Courteux grogna des mot indistincts et jeta des regards bas et fuyants. Fansat lui cria dans la barbe:

—Je t’avertis que si tu recommences le plus petit tour contre la Genette, je te couperai les oreilles avec mon couteau.

Et n’y tenant plus, il l’empoigna à plein corps et le lança dans un fourré d’épines noires.

Courteux hurlait à l’assassin. Fansat lui imposa silence et sortant son couteau de sa poche, il lui souffla une telle peur qu’il se tint coi et ne bougea pas plus qu’une méchante bête traquée.

XX

Au temps des battaisons, il arriva que de bonnes gens se plaignirent plus fort que de coutume, de la rapacité de Courteux. Les sacs de blé qui leur étaient dus fondirent, au moment du partage, sans que l’on pût en accuser la chaleur torride. On les ficela plus bas qu’on ne l’avait pensé. Courteux assurait que ce phénomène était tout naturel; chacun pouvait se contenter de ce qui restait, après tant de travaux.

D’habitude, pauvres vieux et femmes trop débiles pour cultiver eux-mêmes leur bien enrageaient, mais se taisaient.

Cette fois, la femme Courteux reçut un avertissement sous les espèces d’œufs que l’on écrasa sur sa figure, en plein marché de Rieux; ce qui la fit ressembler, ainsi jaunie et furieuse, à quelque sorcière chinoise.

Là ne se borna pas le signe de la réprobation communale.

Quelques jours après les réjouissances des battaisons, Lionnou Fansat rencontra au bourg de Rieux le compère Courteux. Il faisait chaud et il pouvait être dix heures du matin. Si Lionnou rencontra Courteux, c’est qu’il le cherchait un peu, sans doute. Il l’aborda avec familiarité et lui dit sur un ton bon enfant: