—Vous m’en voulez toujours, je parie, de vous avoir frotté d’un peu près. Mais, me semble que vous êtes plus sage, à cette heure. Oublions tout ça. Je paye à boire.

Courteux accepta à regret, mais il avait soif et il allait boire sans qu’il lui en coutât rien. Ils entrèrent dans une petite auberge fraîche.

Fansat rabattit sur ses yeux son feutre et remplit les verres. Ils venaient à peine de trinquer qu’un âne montra ses longues oreilles à travers la fenêtre basse. Brusquement, Fansat cria à pleine gorge:

—Charivari!

Courteux s’empressa vers la porte, mais une bande de garçons l’entoura et il comprit que toute résistance serait vaine.

Le baudet attendait, dignement paré pour la cérémonie, orné de branches de sapin, de floquets de rubans, de pelures de légumes qui tire-bouchonnaient. Des queues de choux-cavaliers lui servaient de chasse-mouche. Tout allait bien; Fansat avait posé sa forte main sur l’épaule de Courteux qui tremblait de colère.

On attacha soigneusement, non loin de la queue de l’âne qui semblait assez âgé pour mériter du respect, un tonnelet rempli de vin blanc. Courteux fut coiffé de force d’un bonnet jaune et boutonné solidement dans une camisole de femme qui ne devait pas être coquette. Et saisi par quatre garçons, pincé quelque peu, il dut enfourcher l’âne à rebours.

Des lurons lui firent escorte, la tête couronnée de casseroles fourbies, vêtus de vestes et de pantalons retournés dont la doublure était un peu pisseuse. La compagnie se mit en branle. François Pairaud de Lavergne, bien laid, mais fameux ménétrier, raclait du violon et imitait à merveille le miaulement des chats amoureux; un autre faisait haleter un accordéon poussif; c’était une brave petite musique et pimentée de chansons.

Le cortège dansant et grimaçant occupa les ruelles du bourg. Chacun de courir sur le pas des portes, d’applaudir et de bien rire.

Un des acolytes qui avait une pomme de terre nouvelle dans la bouche et deux haricots de Soissons dans le nez, élevait un récipient de faïence tout neuf, dont l’oreille était mignonne, si tout ce qui est petit est mignon.