— Les événements qui viennent de se passer à Villemonteil sont déplorables. Il faut que l’ordre ne soit point troublé. Aussi, en suivant l’exemple que nous donne la ville de Limoges, ai-je assemblé de bons garçons, dans le dessein de former une milice à Bonnal, dont j’ai l’honneur de vous offrir le commandement.

Ayant prononcé ces paroles, il tremblait d’une secrète fierté. Ainsi, il avait le pouvoir d’honorer Claude d’Argé. Le feu caché qui couvait dans les livres de Rousseau était saisi par le souffle du siècle finissant, qui le porterait au nouveau. On ne les avait écrits ni lus en vain.

Claude d’Argé prit familièrement par le bras Jacques Chabane et sortit dans la cour. Il le remercia avec bonté et dit :

— Il faut que nous préservions le pays et, partant, le roi.

Il appuya, à dessein, sur le mot « nous » ; et Jacques en aurait crié de joie. Il poursuivit sur le ton de la conversation, comme s’il eût parlé à un égal :

— Les nouvelles qui sont arrivées de Limoges nous ont appris que les compagnies de garde nationale se sont assemblées sur le cours Tourny, à l’ombre de leurs drapeaux. Que n’y étions-nous ? Une grand’messe, m’a rapporté le curé Broussel, a été chantée par l’abbé Tanchon, chanoine de la collégiale, en l’église de Saint-Martial. Un festin a rassemblé dans la salle des Feuillants officiers et sous-officiers. Ceux de royal-Navarre y étaient conviés. On a bu sans économie au roi, à la nation, à l’Assemblée et à la garde civique.

Puis il parla de l’agression qui avait ruiné Villemonteil.

— Si vos terres étaient menacées, je saurais les défendre, repartit Jacques.

Il maîtrisa ce premier mouvement et ajouta :

— Pourquoi le comte a-t-il quitté Villemonteil ? L’absence est chose terrible.