Pierre Forclos fit mander Jacques Chabane :

— Je ne veux pas sévir contre cet homme qui a l’insigne folie de mépriser la loi. Son culte ne vaut rien, puisqu’il n’est pas approuvé par la nation. Je sais qu’il n’est pas un méchant homme ; aussi l’avertirai-je de cesser ses prières, qui ne sont pas légales, et c’est toi que je charge de ce soin.

Jacques Chabane, qui gardait à l’abbé Broussel une grande amitié cachée, accepta cette mission en pensant qu’il pourrait écarter le péril qui le menaçait. Il vint à cheval à La Fourcade ; comme il mettait pied à terre, il entendit du bruit sous les combles de la métairie. Il entra et s’écria :

— Je ne viens pas en ennemi !

Il monta d’un pas rapide au grenier. Des femmes poussèrent des cris étouffés, mais il se mit à genoux, comme l’abbé Broussel achevait de dire la messe. Cette attitude apaisa les fidèles. Quand le curé eut enlevé l’aube et la chasuble, il récita les prières d’action de grâces. Bientôt, il resta seul avec Jacques Chabane, qui s’approcha de lui avec respect, car il n’était pas un homme commun celui qui s’offrait tranquillement au glaive de la loi. Il l’avertit de prendre garde et de ne plus célébrer la messe sur le territoire de la commune.

— Tu me demandes ce que je ne peux accorder à personne ; et je tremble de te voir devant mes yeux en ces jours de deuil, car je lis le désarroi de ton âme. L’instruction que je t’ai donnée, tu la détournes de son cours. Pauvre enfant, tu es emporté !

Jacques Chabane repartit :

— Non, je suis libre.

— Libre comme le vent ; mais qu’est-ce donc que cette liberté ?

Alors, Jacques Chabane s’en alla précipitamment ; et il pensait que cet homme était bon, mais faible d’esprit ; il en pâtirait.