Elle fit l’éloge de Mme Lautier, en refoulant sa peine, car Simon devait avoir une mère admirable.

—Il lui fallait gagner sa vie, à la mort de mon pauvre frère. Ceux qui disaient qu’elle ne songeait pas à son petit sont de mauvaises gens.

En ce moment, par un prodige du cœur, elle décidait que Louise Lautier était bonne et fidèle, et que seul le malheur l’avait empêchée de remplir son devoir de mère.

Le train arriva. Claire reconnut Louise Lautier qui descendait d’un compartiment de deuxième classe. Elle dit quelques paroles de bienvenue et poussa devant elle Simon qui se cachait. Louise étreignit quelque temps son enfant qui, le premier trouble passé, leva timidement les yeux vers elle.

—Tu es content de me voir?

—Oui, je suis bien content.

Il considérait, avec un extrême étonnement, cette femme élégamment vêtue d’une robe de voyage de bonne coupe, et qui répandait un parfum étrange. Quand elle monta dans le charreton, il vit les longues jambes gainées de bas en soie brillante, si différents de ceux que portait Claire, tricotés avec du gros coton noir. Son trouble revenait; il avait envie de pleurer, bien qu’il fût sans tristesse. Chemin faisant, Louise remercia Claire des bons soins qu’elle avait donnés si longtemps à Simon. Elle répondit à peine, faiblement, en hochant la tête.

—Il est grand garçon à présent, dit Louise.

Elle caressa en riant la tête de son enfant, l’attirant contre sa casaque de velours où l’éclat de la gorge paraissait. Il suffoquait d’une nouvelle douceur. Cette maman qui arrivait comme dans les contes de fées, sous un coup de baguette enchantée, elle était belle avec ses cheveux courts et blonds, sa nuque blanche, ses yeux si rieurs, si grands, dans un visage où la bouche était couleur de cerise.

Elle parlait sans cesse.