—Tu travailles bien en classe? Tu sais lire, écrire et compter?
—Oui, madame.
—Il m’appelle: madame. Vous entendez, mademoiselle Lautier? Je suis ta maman; Claire n’est que ta deuxième maman ou plutôt ta bonne tante.
Elle l’embrassa:
—Simon, tu es beau, tu me ressembles. Tu as des yeux un peu comme les miens et une petite bouche. Claire, je suis bien contente. Dites, votre âne vénérable montera-t-il la côte? Il n’a pas l’air d’y tenir beaucoup. Voilà une belle rivière.
Simon l’écoutait, charmé par le son de sa voix qui était fin. Claire ne laissait entendre que des mots entrecoupés.
—Claire, vous ne parlez pas, cela se comprend en ce pays tranquille où il n’y a guère que des arbres, de l’herbe et des oiseaux.
Le soleil éclairait paisiblement la campagne. A travers les bois dépouillés, l’eau faisait des signes merveilleux, des appels de fraîcheur et de repos. Des genièvres échappaient à la griffe des ajoncs, dans un étincellement de givre. On approchait des Ages. L’âne penchait sa grosse tête comme s’il allait faire la culbute, et il soufflait, exhorté par Claire qui le piquait d’un bâton muni d’une pointe aiguisée. L’horizon se découvrait davantage, l’air devenait plus vif. Le charreton tourna dans la cour. Louise Lautier sauta légèrement à terre et prit dans ses bras Simon.
Claire appela Jacquier qui détela; il affecta de ne pas voir Mme Lautier; mais, comme elle vint le regarder avec curiosité, il fut bien obligé de balbutier un bonjour dans sa barbe ébouriffée.
Claire fit entrer sa belle-sœur dans la maison.