Elle déchira les feuillets; elle se mit à gémir longtemps, les mains sur la bouche, mais ses yeux restaient sans larmes. L’heure approchait où Simon allait rentrer de classe; elle se ressaisit, ouvrit la porte et vint dans la salle. Elle alluma le feu et prépara le repas du soir. Puis elle sortit dans la cour. Elle entendit de loin les pas de l’enfant. Bientôt elle le vit pousser la barrière. Elle lui sourit, prit son sac et elle le regardait ardemment. Elle lui posa maintes questions auxquelles il n’avait pas le temps de répondre. Elle le considérait avec des yeux dilatés; il s’en irait à l’automne; elle ne pourrait le suivre, mais elle le verrait toujours dans son cœur à la lumière de ce soir. Elle garderait en elle cette ombre légère des cheveux sur le front si pur, ce pli de la bouche si gracieux que l’âme éclairait, et cette façon de pencher un peu la tête, comme faisait le capitaine Lautier, quand il était content et paisible.

Lorsqu’il fut entré dans la maison, elle l’attira tout près d’elle:

—Simon, ta maman a écrit. Elle t’emmènera à Paris avec elle. Moi, je ne pourrai pas te suivre; tu resteras quand même, ici, partout...

Il la regarda, tout étonné:

—Tu voudrais donc me quitter, maman Claire? Je ne pourrais pas vivre loin de toi. Tu viendras avec nous.

Elle étendait son bras sur ses petites épaules et elle regardait au loin, comme si quelque chose de terrible arrivait. Elle avait peur; mais il ne la regardait pas aux yeux et il répétait:

—Tu viendras avec nous.

Elle murmura, et quelque chose l’étouffait:

—Je n’habiterai pas avec toi. Cela ne se peut pas; je viendrai te voir quelquefois.

—Oh! souvent!