Jeannette malmenait ses casseroles et grondait, entre ses lèvres bridées, des mots confus.
—Chaque soir, jusqu’à ce que Louise parte avec Simon, dit Claire, il faudra que tu prépares de l’eau chaude pour les boules de grès. Cette maison est froide.
Elle s’aperçut que les cuivres de la batterie étaient enfumés; elle demanda à la servante de les frotter pour qu’ils reluisent bien: ce serait plus gai au regard. Ayant veillé à ce que la maison parût dans un état de propreté parfaite, elle vint s’asseoir près du feu, sur une chaise basse. Elle pria Jeannette de bourrer les landiers de ces fagots et de ces souches qui font des brasiers. Elle ramena sur ses épaules son fichu de laine et tendit ses mains vers la flamme. Tant-Belle se coucha près d’elle.
Il y avait dans la salle un silence comme de quelqu’un qui retient son souffle et qui attend. Avant de sonner neuf coups, l’horloge fit entendre un craquement, égrena l’heure et reprit dans une paix profonde sa course réglée. Claire considérait le feu qui perçait le bois de ses vrilles et qui, de temps à autre, faisait des virgules de couleur. En ce moment, elle ne pensait à rien, étourdie.
Soudain, elle entendit la voiture qui tournait dans la cour, le rire de Louise Lautier et les paroles joyeuses de Simon. Alors elle se leva, vint sur le seuil, pleine de ce courage qui avait porté là -bas son frère le capitaine au-devant de la mort sanglante. Elle murmura des mots d’accueil et montra une figure paisible. Louise la tint embrassée, puis, se reculant, elle s’écria:
—Ah! comme vous avez changé. Vous avez fait une maladie.
Claire secoua la tête et regarda celle qui entrait en tenant Simon par la main, une belle femme avec le même visage brillant, les mêmes grands yeux doux et ce parfum que le vent aigre ne pouvait dissiper.
Jacquier apporta des bagages et deux valises de cuir. Claire les fit déposer dans la chambre. Comme Louise étreignait Simon et le couvrait de caresses, elle dit:
—Je vous laisse tous les deux un moment. Je vais servir le déjeuner.
Louise et Simon mangèrent de bon appétit. Claire se tenait près d’eux, debout. Comme ils lui prêtaient peu d’attention, elle s’en alla sans bruit et resta quelque temps dans la grange. Simon ne cessait d’admirer sa mère; l’enchantement, qui l’avait déjà saisi, recommençait. Louise s’émerveilla devant le grand feu de bois et elle fit glisser son manteau sur ses épaules mi-découvertes. Elle prit Simon sur ses genoux.