Louise Lautier ouvrit une de ses valises et elle en retira une robe de soie noire.

—J’ai apporté cela pour vous.

—La couleur est bien choisie; c’est celle que j’aime. Je vous remercie.

—Je vous ai tenue au courant de ce qui arrivait, dans ma dernière lettre. J’ai hésité longtemps à me remarier; je ne pouvais, cette fois, refuser; il y va de l’avenir de Simon et du mien. Celui que je vais épouser est très riche et il m’aime beaucoup.

—Et vous le connaissez depuis longtemps, dit Claire. Peut-être vaudrait-il mieux ne pas parler de cela, ici, où l’âme de mon cher frère est toujours présente.

Il y eut un silence où passait la rumeur des arbres battus par le vent pluvieux de ce mois des morts. Claire se tenait debout, appuyée sur la commode où était posé le portrait du capitaine Lautier. Louise voulut parler avec précipitation, tout d’un élan, puis elle pâlit, se maîtrisa:

—Après-demain, je partirai avec Simon. Quand vous voudrez le voir, vous le pourrez. Je sais qu’il est plus à vous qu’à moi-même. Il y a quelque chose qui vaut plus que le sang, je le comprends à cette heure.

Claire, à mi-voix, parla de l’enfant et de ces années qui avaient coulé si vite, tandis qu’elle l’élevait et ne cessait de le protéger.

—Aujourd’hui, je vous rends celui qui est à vous, mais, en l’emmenant au loin, vous m’emporterez aussi. Je vous le rends, ce petit, aussi pur que le jour où je suis venue le chercher. Je ne puis pas dire tout ce qui se passe en moi, en ce moment. Et je vous aime, vous qui êtes si loin de moi, parce que vous m’avez confié le plus beau trésor de ce monde. Sans cela, je n’aurais été qu’une pauvre femme.

Louise Lautier sentait que les fameuses richesses et ce qu’on appelle les plaisirs étaient choses bien fragiles. Il y avait un grand trouble dans son cœur, mais elle ne voulait pas livrer le combat. Elle éloigna en hâte cette amertume qui donne l’appétit de Dieu. Elle devint enjouée, souriante. La robe de soie noire était étendue sur le lit, comme l’image d’une sombre vanité sans corps et sans vie. Louise comprenait que Claire ne voudrait jamais la porter et elle voyait avec inquiétude la lueur étrange qui marquait les yeux de sa belle-sœur. A Paris, elle avait eu la pensée de dédommager Claire de tant de soins donnés à l’enfant. Elle glissa ses mains dans un sac de cuir gaufré, mais la liasse de billets, qu’elle voulait donner, lui brûlait maintenant les doigts.