Toute la matinée, Simon resta près de Louise; vers midi, il la quitta un moment. Que faisait Claire, là -haut, toute seule? Il était pris de curiosité. Il monta l’escalier sans bruit et, à travers les ais disjoints, il aperçut Claire qui sortait d’une petite malle ses vêtements, son linge, les pliait et les repliait. Il se tenait immobile, le souffle coupé, et il regardait ardemment cette femme si chère qui faisait ces humbles gestes où il devinait tant d’âme. Elle replaça lentement ces habits qu’il reconnaissait pour les avoir portés tel jour, en telle circonstance, et ces gilets qu’elle avait tant de fois fait chauffer devant le feu, quand il revenait de classe. Elle referma le couvercle de la malle, et, à genoux sur le plancher, elle y étendait ses bras comme pour garder le mouvement d’une protection et d’une caresse infinies.
Elle tourna sa figure creusée vers la porte, comme si elle devinait la présence de Simon. Alors, au moment où il allait entrer dans la chambre, un grand mystère vint le repousser et il descendit l’escalier en étouffant le bruit de son pas.
A midi, Claire parut dans la salle et Simon la regardait, tout étonné, car elle avait changé de visage. Il ne voyait pas de tristesse en ses yeux, mais une lumière de paix. Après le repas, elle dit à Louise:
—J’ai fait de mon mieux pour élever votre enfant.
Elle lui posa des questions sur l’histoire et la géographie qu’ils avaient étudiées ensemble. Il ne faisait guère de fautes dans les dictées et il savait compter à merveille. Louise l’interrogea; comme il répondait, en hâte, sûr de lui, elle s’écria:
—Tu en sais plus long que moi. Aujourd’hui, Simon, il n’est pas besoin d’être savant, quand on a de l’argent. La vie est courte, il faut se distraire. Il y a la musique, les danses, les fleurs, les bons repas. Quand tu seras plus grand, on te trouvera un emploi où tu gagneras beaucoup sans te fatiguer. Tu prendras des leçons de danse. C’est beau de danser; on oublie les petites peines. On glisse sur un miroir où on ne voit plus que de la joie. Tout devient facile. C’est là que vivent les fées dont Claire t’a parlé. Elles ont quitté ce pays.
Claire eut envie de crier: «Ne l’écoute pas, Simon. Elle te perdra avec elle!» Elle aurait voulu emporter l’enfant et s’enfuir. Une douleur extrême l’immobilisait; le cri, qui ne s’échappait pas de sa bouche, ne cessait de retentir en elle. Tout le soir, elle s’assit au coin du feu et elle répondait à peine aux questions de Louise. Jeannette apprêta le repas. La pluie tomba; le vent sifflait dans une pluie glacée.
Louise et Simon mangèrent à la hâte; l’heure était avancée. Claire prit place avec eux à table et ne toucha guère aux mets qui étaient servis. Quelque chose lui dévorait le cœur en silence.
Louise alla prendre son manteau de voyage. Jacquier sortit pour atteler. Il grogna:
—On ne mettrait pas un chien dehors.