Elle conduisait par la main Simon qui pleurait. Le vent soufflait avec âpreté et l’on pouvait voir la route qui tournait dans une vapeur cendrée. Jeannette et Jacquier se taisaient; l’attelage allait bon pas, et, parfois, on entendait Claire qui claquait des dents.
—Il faut se hâter, s’écria Louise.
Il semblait que ce retour ne s’achèverait jamais. Simon demanda, suffoqué de grand chagrin:
—Maman Claire, parle-moi.
Un murmure lui répondit:
—Ce n’est rien, petit. Là -haut je me réchaufferai.
Pluie et neige avaient cessé. Dans le silence, des arbres tressaillaient, faisant pleuvoir une brusque averse sur les feuilles mortes, un bruit étrange de fantômes qui s’ébrouaient.
L’attelage atteignit le sommet de la vallée, entra dans la cour. Précipitamment Louise et Jacquier aidèrent Claire à descendre de la voiture. La porte s’ouvrit et le feu de la cheminée les éclaira. Alors, à la lumière de la lampe que la servante élevait, Claire montra sa figure maculée de boue et de sang. Elle regardait avec des yeux qui brûlaient. Elle serrait les dents pour les empêcher de claquer, et des muscles bougeaient dans ses joues creuses. Jeannette vint la laver, elle se laissa faire comme une enfant. En hâte on la changea de linge, pendant que Louise et Simon apprêtaient le lit, dont on bassina les draps. Quand elle fut couchée, son visage s’empourpra. Elle demanda des oreillers, elle étouffait; ses regards devenaient fixes. Puis elle ferma les paupières et sembla dormir. Louise s’assit près d’elle; à voix basse, elle tâchait de consoler Simon en lui assurant que demain Claire serait guérie. Elle lui demanda d’être bien sage; ce soir, il coucherait dans un des lits de la salle.
Elle resta seule près de Claire, qui respirait avec peine. Jacquier, ayant dételé le mulet, vint dans la chambre; il pencha un moment sa tête lourde sur sa maîtresse:
—Pauvre, grondait-il, ça devait arriver. Je le savais bien... Pauvre, elle a tout donné, elle n’a plus rien, pauvre!