En ce temps de duplicité et d’hypocrisie, l’amitié doit de plus en plus devenir un pacte de loyauté, de vérité. Par qui se la laisserait-on dire plus volontiers que par un ami ? C’est un frère d’élection, il est plus que de notre famille. Quand la vérité revêt ses traits et emprunte sa voix, nous ne pouvons pas dire qu’elle procède « d’une trogne trop impérieusement magistrale[13]. »
[13] Montaigne.
Une autre grande ressource de l’amitié, c’est qu’elle nous fortifie dans ces luttes âpres et redoutables que la jeunesse est appelée à soutenir pour les causes qui lui tiennent le plus à cœur, et qui souvent ne sont pas bien vues dans le monde. Pour s’affranchir des routines et des servitudes, pour ne pas succomber mille fois dans les rencontres hostiles qui découragent les meilleurs, pour ne pas douter de soi-même à force de se buter contre les obstacles, il faut renouveler de temps à autre sa provision d’audace et de foi au sein de l’amitié.
Je n’ajouterai qu’un mot. Non seulement il me paraît possible, mais désirable que la jeunesse cultive, en dehors de ces intimités que l’âge pareil amène, des relations familières et affectueuses avec des hommes d’âge mûr, ou des vieillards qui ont gardé de l’intérêt pour ceux qui commencent la vie. Un jeune homme à qui ne manque pas la plus belle grâce d’état, se trouve toujours heureux d’avoir quelqu’un de supérieur à aimer et, ajoutons-le, à admirer. Il ne s’agit pas de jurer in verba magistri, mais de s’attacher à quelqu’un, de regarder à quelqu’un. Règle générale : les esprits les mieux faits, les plus capables d’indépendance, à un certain âge, cherchent un maître, et ne demandent pas mieux que d’être disciples.
Je n’admets pas que les hommes graves, occupés, distingués, n’aient pas le temps de se consacrer à la jeunesse, non seulement en général pour l’instruire, mais en détail pour la conseiller, apprendre à la connaître et lui être utiles. Écrivez quelques livres de moins, messieurs, et jetez d’autant plus de bonnes paroles vivantes sur les sillons si reconnaissants des jeunes esprits ! Il y a là un intérêt humain et patriotique de premier ordre. Comme je suis aisé de voir que ces choses si longtemps oubliées commencent à se faire jour de nouveau de tous côtés. Fraternisons ! c’est la grande devise de la solidarité générale. Que la France d’aujourd’hui et celle d’hier fraternisent avec la France de demain !
En vérité la jeunesse est bonne, se contente de peu de chose et garde tant de reconnaissance de ce qu’on fait pour elle que c’est toujours plaisir et profit de l’obliger. Et j’oubliais le meilleur : on redevient jeune en sa compagnie. Tous les élixirs de la terre ne valent pas celui-là pour les gens qui redoutent de vieillir.
3. L’Amour.
Flambeau sublime et pur mais qui tremble souvent,
Pour te bien abriter de la pluie et du vent