Et faire rayonner ta clarté souveraine,
Heureux qui peut passer sans s’interrompre un jour
De l’amour de sa mère à l’amitié sereine
Et de l’amitié sainte à son premier amour !
A. Dorchain.
Un bon et sympathique médecin, un de ceux qui n’ont pas trouvé dans la fréquentation du cadavre le mépris de l’humanité, mais qui ont, au contraire, entrevu à travers le peu que l’intelligence humaine peut découvrir dans nos pauvres restes, la sainteté de la vie, se plaignait que la vie humaine fût traitée négligemment à ses débuts. On possède, disait-il, des renseignements plus sûrs sur la meilleure manière de soigner les jeunes animaux domestiques, que sur celle de soigner les enfants. Ce que ce docteur disait m’est souvent revenu à l’esprit à propos de l’amour. S’il est un point sur lequel les bons conseils soient nécessaires à l’entrée de la vie, c’est celui-là. S’il est un point sur lequel ils fassent défaut, c’est encore celui-là. Chacun trouve la chose délicate. Les éducateurs pensent que les parents seuls sont compétents, les parents s’en rapportent aux éducateurs. Ainsi les uns et les autres s’abstiennent le plus souvent. La jeunesse arrive à l’âge le plus critique, sans boussole et sans direction. Je me trompe. L’œuvre pédagogique, toujours différée par les parents et les éducateurs, s’accomplit en dehors d’eux. Il est impossible que la curiosité des enfants ne rencontre pas un jour ou l’autre son aliment. Un vilain camarade, une de ces lectures qu’il devient si difficile d’éviter, remplissent auprès d’un être encore pur l’office d’initiation à ce qu’il est convenu d’appeler le secret de la vie. A partir de ce moment, il se fait un travail redoutable dans l’imagination novice. La confiance dans les parents et les maîtres subit un coup très rude ; l’ascendant des éducateurs sans mandat se substitue au leur, quelque chose de nouveau, de périlleux, est entré dans l’existence, et il sera bien difficile de l’en éliminer.
Nous touchons là au premier point grave et douloureux de cette question si complexe de l’amour. Quoique nous écrivions pour la jeunesse adulte, il a fallu commencer par là. L’amour, par ses nombreuses ramifications, s’étend en effet à toute la vie, et ce que l’enfant innocent a entendu, aux alentours de ce monde qui lui est encore fermé, détermine fort souvent sa conduite ultérieure. Je ne peux donc pas m’empêcher de déplorer ici que nous soyons de préférence renseignés en cette matière intime et sainte, par des étrangers profanes, et qu’une heure de brutale indiscrétion, vienne remplir auprès de nous, en nous troublant pour longtemps, pour jamais peut-être, un office pour lequel ce ne serait pas trop de toute la précaution, de toute la maternelle sagesse de ceux qui nous aiment le plus.
Toutefois je me contenterai d’avoir ainsi effleuré le sujet en ce qui concerne l’âge précédant immédiatement l’adolescence, et, sans plus tarder, je pose la question sur son terrain actuel :
Comment un jeune homme qui n’est pas marié, et sans doute pas fiancé, doit-il se gouverner au point de vue des choses de l’amour ?