Le principe une fois énoncé, il s’agit d’entrer dans la vie des jeunes gens qui essaient de le pratiquer. Nous assisterons là à la lutte la plus sympathique. Il ne saurait y avoir, pour celui qui a gardé le sens exquis des choses morales, de spectacle plus captivant. « Les mœurs en France, où l’on ne connaît pas les vraies fiançailles, rendent très difficile, depuis la puberté jusqu’au mariage, la condition des jeunes gens qui se respectent. Le jeune homme est à peu près abandonné à lui-même, pour résoudre le cruel problème qu’impose à sa conscience notre état social. De là des scrupules pleins d’angoisse, des défaillances et des luttes héroïques, tout un drame intérieur éminemment poétique. » C’est ainsi que s’exprime Sully Prudhomme dans sa préface aux poésies de M. A. Dorchain : La jeunesse pensive. Et il continue : « En lisant ces vers où les combats et les douleurs de la vingtième année trouvent leur expression discrète, mais bien sincère, plus d’un sentira se raviver dans son âme les cicatrices anciennes… Nous ne saurions assister en froids spectateurs à la tourmente qu’il (le jeune homme) subit… nous nous penchons vers lui du rivage, pour lui tendre une main amie ! »
Suivant les natures et les tempéraments, cette lutte est plus ou moins violente. Il y a des êtres privilégiés qu’une certaine noblesse innée garantit en leur donnant une répugnance instinctive pour tout ce qui est bas et trivial. Le mal ne mord pas sur eux. On pourrait dire d’eux :
Le moule en est d’airain si l’espèce en est rare
Elle sait ce que vaut son marbre de Carrare
Et que les eaux du ciel ne l’entament jamais.
A. de Musset.
Mais d’autres, précisément parmi les meilleurs, sont mis ici dans un état d’intériorité par leur sensibilité, leur puissance imaginative, leurs qualités même.
Enfant, dans la lutte éternelle
Tu crois avoir dompté ton cœur ;
Déjà tu veux ouvrir ton aile