Tu le sens bondir nuit et jour,

Tu souffriras donc plus qu’un autre

Par le Désir et par l’Amour.

A. Dorchain.

Mais il convient ici de se mouvoir en pleine réalité et d’envisager les situations telles qu’elles sont. Or, dans la lutte dont nous parlons, et qui, plus ou moins âpre, n’est évitée à personne, l’important n’est pas d’être toujours le plus fort, mais de ne jamais capituler. Dans le grand livre de la sagesse de vivre, il est un chapitre tout aussi important que celui de prendre garde à soi pour ne pas tomber, c’est celui où il est parlé de se relever quand on est par terre. Pour qu’un homme traversât l’existence sans jamais offenser d’aucune façon la loi de conscience, en ce point comme en d’autres, il faudrait qu’il fût parfait. Nous ne le sommes point. Attendons-nous par conséquent à des heures obscures où la vue se trouble, où le combat oscille, où surviennent les lassitudes et le découragement, les défaillances peut-être. Ce sont les moments les plus douloureux et les plus périlleux. N’importe, un homme par terre n’est pas un homme mort, il est blessé seulement, ou encore il a simplement trébuché. La grande affaire est qu’il ne reste pas là, qu’il ne se résigne pas, ne perde pas l’espoir, et surtout ne renie pas son but. Que l’idéal reste intact, et l’espérance de sortir un jour vainqueur demeure entière. Pourvu que le mal continue à être appelé le mal, franchement, et que celui qui est tombé le reconnaisse. Pas de sophismes, pas de mensonges, avant tout !

Ici l’intervention d’amis sûrs et expérimentés est toute marquée. Il y aurait grand danger à voir un jeune être droit, et en somme pur de cœur, en arriver à se mépriser ou à désespérer de lui-même à cause de telle ou telle défaite morale. Relevons-les et encourageons-les avec une tendresse inflexible !

Hélas qui se soucie de cela ! Rien n’égale l’incohérence de conduite du monde à l’égard de la jeunesse. On n’est là que pour lui donner le mauvais exemple ou alors pour la maltraiter quand elle s’égare, et la maintenir plus sûrement par terre lorsqu’elle est tombée. Tour à tour légers ou rigides, nous ignorons la pitié qui relève et guérit, et bien peu connaissent cette clémence des justes qui consiste à haïr le mal et à aimer ceux qui en sont atteints. Nous sommes là dans un sentier difficile et peu pratiqué. On se dirait à une grande distance des choses humaines, quoique l’on y soit en plein. Réparer les erreurs n’est-ce pas la grosse part de la vie ?

La meilleure armée n’est pas celle qui n’a jamais été battue : on ignore en effet comment elle se comporterait dans la défaite. Savoir être vaincu, couvrir sa retraite, se ramasser, réparer ses pertes, bander ses blessures, relever les courages abattus et revenir au combat avec une énergie nouvelle, voilà la grande preuve, la preuve suprême du courage. Et si quelque pharisien me blâmait et me taxait d’une prévoyance par trop indulgente, je lui répéterais la parole de Celui qui fut à la fois si sévère et si bon et qui proclama l’Évangile du pardon où le péché est condamné et le pécheur sauvé : Que celui d’entre vous qui est sans péché, jette la première pierre !


Il est temps cependant de sortir de ces régions préliminaires pour nous acheminer vers celles de l’amour dans sa plénitude et sa dignité. C’est à cause de lui en somme, et pour en être plus dignes que nous engageons une lutte sans merci contre ce qui pourrait le ternir ou le compromettre. Pour nous défendre de toutes les basses caricatures de l’amour, rien n’est plus puissant que l’amour vrai. Cet amour, la jeunesse doit s’y préparer, elle doit le ressentir dans ce qu’il a de plus élevé et de plus pur. En un mot, la chasteté que nous prêchons n’est pas celle des eunuques, mais celle des hommes. « Je ne fais pas grand cas d’une chasteté toute à la surface et toute négative ; elle n’offre aucune garantie pour l’avenir. La vraie chasteté est celle qui a son siège dans l’âme aussi bien que dans le corps. Un cœur vide n’est jamais chaste ; il faut que la femme y occupe la place sacrée qui lui revient[15]. »