Rien ne forme au commandement comme l’obéissance ; rien n’est utile à celui qui parle, ordonne, décide de haut, que d’avoir entendu jadis tomber sur sa tête des ordres bons ou mauvais, équitables ou iniques, sous lesquels il fallait plier en silence.
Pour le médecin, une seule petite maladie où il est obligé de se laisser traiter ou maltraiter par un confrère, équivaut à une année des meilleures études.
Nos anciens dans certains pays avaient cette piquante coutume d’intervertir une fois par an les rôles des maîtres et des serviteurs. C’était à Noël, en souvenir de l’Évangile. Une telle coutume, prise au sérieux, pouvait donner lieu aux plus spirituelles et aux plus sévères leçons de choses. Se mettre à la place les uns des autres, c’est en effet la condition même de la solidarité.
Du côté de l’enclume on voit la vie d’un autre œil que du côté du marteau. Il est bon d’avoir été de l’un et de l’autre côté.
L’avantage des explorations que nous recommandons à la jeunesse, ne consiste pas seulement dans les découvertes qu’on fait sur le terrain nouveau. Attendons le retour ! L’ancienne existence alors présente des particularités qu’on n’avait jamais remarquées ; on est mieux à même de l’apprécier et de la juger. En un mot, on a fait une cure salutaire où le vieil homme étroit et égoïste s’est noyé pour laisser vivre d’autant mieux l’homme nouveau.
On ne saurait assez se rapprocher des petits, ni s’éclairer trop sur les assises qui supportent l’édifice social, allant partout au fond et aux sources. A une certaine époque de la vie, il est trop tard pour se lancer dans les entreprises dont nous parlons. Ce sont là escapades dignes de tenter la jeunesse, à qui elles donneraient le moyen de passer des vacances très peu banales. Qu’elle ne craigne pas de s’abaisser en entrant dans cette voie. Bien au contraire. L’homme est comme le chêne. Plus ses racines s’enfoncent et plus s’élance la cime !
5. Un mot sur le rôle international de la Jeunesse.
L’écart entre les principes modernes et la civilisation réaliste n’a trouvé nulle part d’expression plus frappante que dans l’état de nos relations internationales. Pendant de longues années l’Europe, ramenée à la barbarie sous les dehors du progrès, a vécu en plein anachronisme. Nous avons assez dit ce que nous pensions du patriotisme, pour ne pas être suspect de tiédeur à son égard. Il nous sera d’autant plus facile de parler avec franchise maintenant.
Le principe des nationalités est susceptible d’exagérations qui détruisent les effets bienfaisants du patriotisme et font de la patrie une entreprise contre l’humanité. A ce degré une nation cesse d’être une grande école de fraternité qui vous élargit le cœur et vous mûrit pour la solidarité universelle. Elle devient un foyer d’égoïsme où se fomentent l’hostilité, la haine, l’envie, tous les sentiments qui désagrègent la société et détruisent la solidarité. Cet état de choses est si malheureux qu’à lui seul il parvient à neutraliser tous les progrès réels de l’homme dans la justice et dans l’affranchissement. Notre Europe maussade et méfiante nous en a fourni des preuves évidentes.
Là aussi l’esprit moderne avec sa puissance d’équité et d’apaisement a une œuvre à faire, et l’instant actuel nous y invite. Mille raisons péremptoires empêchent les hommes mûrs, chargés du maniement des affaires publiques, de travailler à cette œuvre. De tragiques nécessités, des situations plus fortes que les volontés humaines leur lient les mains. L’expectative et la réserve leur sont imposées par leur dignité même et la grandeur des intérêts confiés à leur vigilance.