Oh ! l’horrible divinité que celle qui se manifeste contre les petits, les faibles, les déshérités, les opprimés et les misérables ; propice aux puissants, aux satisfaits ! Je la hais, elle, ses temples, ses autels, ses encens, ses prêtres et ses fidèles !

Bas sectaires de la Force, qui allez promenant par le monde ce dogme : nous sommes les plus forts parce que les meilleurs. En vain essayerez-vous de mettre de votre côté la science ! Vous ne nous convertirez pas au Dieu des victoires, à sa religion obséquieuse, à ses Te Deum hypocrites.

Depuis que la croix est devenue dans ce monde un symbole, les vaincus se sont éclairés dans l’âme humaine d’un jour nouveau.

Ce sont précisément les meilleurs qui succombent dans cette vie injuste et brutale. La terre est fécondée par le sang des martyrs. Les vaincus sont le sel de la terre et la lumière du monde. Sans eux, il y a longtemps que l’humanité aurait péri de ses tristes victoires.

Quelles sont les idées les plus fortes dans le monde ? Celles qu’on a le plus persécutées.

Quelles sont les idées qui déclinent et perdent du terrain dans l’âme ? Celles qui ont célébré le plus de triomphes, opprimé le plus de consciences, réduit au silence le plus de penseurs indépendants.

QUITTE TA FAMILLE ET TA PATRIE !

— J’ai de toute forme ancienne une vénération invincible. Elle s’étend aux vieux meubles et même aux vieux habits. Et pour les symboles vénérables de la foi des pères, mon respect est plus grand encore. Pourquoi toute ma vie a-t-elle consisté en adieux ?

L’Ami. — Ne te plains pas ! Il en est qu’une voix appelle à quitter leur famille et leur patrie. Que chacun écoute sa voix ! A ceux qui savent lui être fidèles, l’humanité doit tous ses abris. Le sort de ceux qui les trouvent ou les construisent est d’avoir dû souvent coucher à la belle étoile. Cela aussi est nécessaire, et si tu paies ainsi ta dette, ne le regrette pas ! Après tout, les vieux symboles ne valent que par leur esprit, et celui-là ne peut se perpétuer que si quelques-uns ont le courage de le suivre partout, même au delà de la lettre. L’essentiel est de rester fidèle à l’inspiration première. As-tu songé parfois que pour obéir à l’esprit du maître qui vous dit : « Va », il faut s’éloigner de lui selon la chair ? Partir pour demeurer près de lui « en esprit », voilà ta vie d’adieux et de fidélité ! Qui est le plus fidèle aux traditions des Pères ? Celui qui respecte leur demeure au point de ne la point réparer, sous prétexte qu’il faudrait y toucher, ou celui qui hardiment y met la main et répare ? Qui est le plus fidèle encore aux mêmes traditions ? Celui qui voyant la maison menacer ruine, la quitte et en construit une autre, comme ses pères jadis, ou celui qui se cramponne aux murs croulants, au toit délabré, dût-il y perdre la santé et la vie et celles de ses enfants ?

Cette question se répond à elle-même.