»Ma fille! quoi, c'est vous, vous que je n'ai cessé d'aimer et de regretter ... mais pardonnez-moi.... Oh, chère enfant, pardonne à ta mère!»

Victoria ne répondit, ni par des gestes, ni par des paroles. Léonardo, qui avait l'âme un peu moins corrompue, s'avança près de sa mère, quoiqu'elle parut ne point le reconnaître: il se pencha sur elle, et prit sa main, qu'elle avait laissé retomber sur sa triste couche.

»Ma mère, dit-il, en regardant Victoria, d'un air sévère, ma mère, auriez-vous oublié votre fils Léonardo?»

L'infortunée tourna sur lui ses yeux apésantis: la nature pailla vivement à son cœur, et elle reconnut dans la figure mâle, et les muscles fortement prononcés du chef des brigands, cet enfant délicat et plein de fraîcheur, qu'elle avait nourri de son lait. Un soupir pénible partit de son sein: »O mon dieu! s'écria-t-elle, serait-il vrai? ô mes enfans, pouvez-vous pardonner à une mère qui vous a si indignement abandonnés?»

»Oui ma mère, je te pardonne. Que le ciel te pardonne de même, et te rende la paix.»

»O mon Léonardo! tu fus toujours bon et sensible ... soutiens-moi dans tes bras, je t'en prie ... si ... si tu ne crains pas de donner cette marque de tendresse à une femme déshonorée ... qui s'est jouée du bonheur de ses enfans ... qui....» elle s'arrêta et frissonna violemment.

Il n'y avait en ce moment, dans la caverne, que Léonardo et Victoria; la lumière blanchâtre d'une lampe laissait voir les traits altérés de Laurina, prête à rendre le dernier soupir: ce qui l'entourait était bien fait pour remplir ses derniers momens d'horreur. Peu loin de son lit, se voyait une table, sur laquelle était des casques, des stilets, des sabres, et autres instrumens de carnage; il y avait de plus, suspendu le long des murs, les dépouilles des voyageurs assassinés; le corps d'Adolphe avait été éloigné, et jetté peut-être dans un gouffre, ne méritant pas d'autre sépulture; mais les traces de son sang, qui n'avaient pas encore été lavées, teignaient le pavé, tandis que ses habits ensanglantés et percés de mille trous par le poignard vengeur de Léonardo, restaient comme un témoignage, près de Laurina.

Ce fut sur cet affreux spectacle, que Léonardo éleva sa mère, lorsqu'elle le pria de la soutenir dans ses bras. Elle regarda de tous côtés avec horreur.... Elle frémit ... mais tournant bientôt ses pensées sur un sujet de la plus haute importance, elle leva les yeux au ciel, puis les reporta sur sa fille, qui debout, au pied de son lit, l'examinait avec le ressentiment d'une furie.

»Ma fille, dit Laurina avec difficulté, ta mère te demande pardon avant que de mourir ... ne la regarde donc pas avec cet air de ressentiment? adoucis l'amertume de tes traits ... ne me laisse pas paraître devant Dieu, chargée de la haine de mon enfant ... ô Victoria, je t'en supplie, pardonne à ta malheureuse mère.»

Un soupir convulsif, interrompit Laurina, qui retomba pésamment des bras de Léonardo.