«Nous sommes perdus, s'écrièrent-ils, nous sommes trahis! notre retraite est découverte: la force armée entoure ce lieu. Toutes les issues sont gardées, et il n'y a pas moyen d'échapper. Ceux de nos camarades qui sont restés dehors n'auront pas plus de bonheur, car ils seront pris par les soldats qui les attendent en embuscade. Quant à nous, notre sort est facile à deviner: nous serons tous sacrifiés, à moins que notre capitaine ne connaisse quelque passage secret par où nous puissions nous sauver dans les montagnes, et esquiver ainsi les poursuites de nos ennemis.»
«Mes braves camarades, je ne connais pas d'autre passage que les entrées habituelles, et que vous dites gardées, répondit Léonardo d'un air froid et courageux. Si la chose est telle que vous la dépeignez, tout est perdu. Je ne sais point de moyen particulier de fuir de ce souterrain. Son entrée la plus cachée est sous le portique, dont les avenues en labyrinthe ont toujours été une défense suffisante. Il n'y a que la trahison qui ait pu nous déceler; alors, tout ce que nous tenterions pour sortir serait inutile. Il faut seulement nous défendre vigoureusement. Nous pouvons être les plus forts. Du moins, nous devons vendre chèrement notre vie! ne cédons pas un pouce de terrain sans qu'on l'achète par le sang!»
Tandis que le capitaine parlait de la sorte, le signal fut entendu de nouveau en dehors, et répété avec vivacité.
«Voilà sans doute quelques-uns de nos camarades qui auront trouvé le moyen de se soustraire à la vigilance des gardes. C'est bien notre signal, que nous seuls connaissons ... ainsi, dépêchez-vous d'ouvrir ... peut-être viennent-ils nous donner de nouveaux renseignemens.»
En ce moment, il n'y avait dans la caverne qu'un nombre peu considérable de voleurs: leur chef Léonardo, sa maîtresse et Victoria, qui s'était mise auprès d'elle, en tremblant à l'idée du danger qu'elle courait, et se désolant de ce que Zofloya n'y fût pas. Elle commençait à craindre qu'il ne l'eût abandonnée dans la ruine commune.
On obéit à l'ordre du capitaine, Les signaux furent échangés, la porte ouverte, et ... un détachement de soldats entra. Ginotti était à leur tête: le misérable n'avait pas manqué d'exécuter sa vengeance sur son capitaine, pour l'avoir frappé dans un moment de vivacité.
Surpris à l'excès, le chef intrépide fût attéré. Les soldats se hâtèrent de l'entourer, mais au signe plein de fierté et de grandeur qu'il leur fit, ils n'osèrent le toucher.
«Un instant, Messieurs, dit-il, et je suis à vous.» Il voyait bien alors que toute résistance eût été vaine. «Je ne veux que dire deux mots à Madame, qui a été la compagne de mes infortunes jusqu'à ce jour; ensuite je n'abuserai plus de votre complaisance.»
Il s'approcha de sa maîtresse, qui, plus étonnée qu'intimidée, restait à sa même place.
«Matilde Strozzi! s'écria-t-il.»