Ce nom électrisa sur-le-champ Victoria. Elle se voyait assise auprès d'une affreuse ennemie, entourée de mort et de danger! elle se leva pour chercher des yeux Zofloya, mais elle ne l'aperçut point, et son âme en frémit ... elle se rassit pour écouter les paroles de Léonardo.
«Matilde Strozzi, dit-il encore à voix basse, je ne vous reproche rien ... je ne vous dirai pas que vos artifices ont perdu ma jeunesse, et m'ont conduit où je suis. Non, je ne m'en plains pas ... une cause plus éloignée m'a plongé dans le malheur ... mais, regardez ce qui se passe ici en ce moment ... chère Matilde! je ne considère que l'amour que je t'ai porté; les années que nous avons été unis; je me souviens que tu as partagé également mes périls et mes chagrins, et je te pardonne en faveur de ce souvenir, le mal que tu m'as fait! cependant, tu seras jugée avec moins d'indulgence par les autres, et tu es réservée à endurer l'ignominie commune au dernier de la troupe ... une mort infâmante!»
«J'ai de quoi me l'épargner, dit Matilde très-bas, et en montrant le manche d'un stilet qu'elle tenait caché. J'ai ... mais toi, infime Victoria, toi qui dans la splendeur de la jeunesse, te trouvas sur mes pas pour m'enlever mon amant, c'est ainsi que je remercie le destin qui t'a jetée en mon pouvoir!» Alors, elle voulut frapper Victoria avec son poignard; mais Zofloya, se montrant soudain, l'arrêta.
«Victoria m'appartient, cria-t-il d'une voix de tonnerre.
Matilde furieuse, se plongea le poignard dans le cœur. »Voilà, Léonardo, comme j'évite une mort ignominieuse!»
«Et voilà, dit celui-ci en courant sur Giuotti, comme je punis un traître.» Puis il le fit tomber mort à ses pieds, «Va-t-en, lâche, chercher aux enfers la récompense que tu attendais de ta perfidie.»
Ginotti, en tombant, poussa des imprécations horribles. Les gardes s'emparèrent alors de Léonardo, qui, usant de toutes les forces que lui donnait sa situation, se dégagea de leurs mains, et courut à l'extrémité de la caverne. Avant qu'on pût le reprendre, il s'était donné plusieurs coups du poignard, tout fumant du sang de Ginotti. Affaibli et blessé profondément, il chancela, et serait tombé sans les soldats qui le soutinrent, et qui essayèrent d'étancher le sang qui coulait de ses blessures; mais il se défendit encore en criant avec une sorte de joie. «Il est trop tard, il est trop tard, le ciel soit loué.» Il voulut se jeter vers la terre; mais ne pouvant plus lutter contre ceux qui le retenaient, il tourna des yeux égarés autour de lui, et se laissant tomber, il expira, le sourire du triomphe sur ses traits.
Voyant que le chef des voleurs se dérobait ainsi à leur attente, les soldats s'emparèrent du reste de la troupe. Ils voulurent aussi arrêter Zofloya, qu'ils supposaient commandant en second.
«Oh! nous sommes perdus, prononça Victoria, en frémissant de tout son corps.»
«Ne craignez donc rien, dit le maure qui s'adressa ainsi aux gardes.