[CHAPITRE VI.]

Le jour suivant, Laurina entra dans la chambre de sa fille, et après quelques mots vagues, elle lui apprit, avec une surprise affectée, le départ du comte.

Cette annonce causa d'abord à la haute Victoria la peine la plus mortifiante qu'elle put ressentir; mais cette émotion fut promptement suivie d'un dépit concentré: «le comte Bérenza n'est pas parti volontairement d'ici: à quelle instigation doit-il son départ? demanda la fière demoiselle?»

À l'instigation de personne, Victoria, répondit sa mère avec douceur et en tremblant. Victoria détourna ses jeux perçans de dessus Laurina, et d'une voix calme et non sans aigreur, dit: «si le comte Bérenza s'est éloigné de son plein gré, il restera tranquille et ne cherchera plus à me voir; niais s'il a été excité à partir d'ici, il m'écrira et m'apprendra la vérité. Ainsi donc, à tous événemens ce mystère sera éclairci.»

»Et en attendant, enfant cruel, ajouta Laurina qui avait sa leçon faite par Adolphe, nous chercherons à vous distraire par de petites promenades dans les environs.»

L'air de vérité qu'elle sut prendre en imposa à sa fille, qui condescendit à sourire. Moitié fâchée et moitié adoucie, elle souffrit que sa mère lui serrât la main.

«Quand partirons-nous, et où irons-nous, madame?»

«Nous partirons tout de suite si vous n'y apportez pas d'objection, ma chère enfant, répondit Laurina d'un ton caressant; et le comte Adolphe désire que nous allions rendre une visite à la signora de Modène, à sa délicieuse retraite de Il Bosco, près de Trévise.»

«Quoi, chez cette rebutante vieille créature?»

«Allons, mon ange, point d'humeur; c'est une parente, vous savez. Nous ne resterons là que quelques jours, après quoi notre petite tournée sera à la volonté de Victoria.»