—Signora Zappi, vous m'épouvantez.... C'est votre fille, votre charmante fille que j'aime.

—Et vous me dédaignez? Prenez garde, jeune homme, prenez garde à ce que vous dites.

—Je ne puis vous aimer, madame: non, je ne vous aimerai jamais, répéta Léonardo, en cherchant à se dégager des embrassemens de cette femme hardie. Laissez-moi, je vous prie, conserver seulement l'estime que je croyais vous devoir.

—Malheureux aventurier, s'écria-t-elle, que le ciel te maudisse. La honte que tu me fais éprouver rejaillira sur toi, sois-en bien sûr.

—Femme dégradée, laissez-moi fuir votre présence: je vais quitter cette demeure qui m'est devenue odieuse par un aveu si criminel; je préfère errer à la merci du sort, plutôt que de demeurer l'objet de votre indigne amour.

En parlant ainsi, Léonardo s'enfuit, laissant la femme déhontée au lieu où il avait été interrompu dans ses douces réflexions, par l'aveu du crime. Il eût de même quitté la maison de son bienfaiteur, si le souvenir d'Amamia ne lui eût laissé le désir de la voir encore avant que de partir d'une maison où il jouissait du repos depuis si long-tems. Il monta vite à sa chambre, et s y enferma jusqu'au retour de Zappi et de sa fille.

La femme dédaignée, furieuse d'avoir perdu le fruit de ses avances, résolut, dans sa vengeance, de perdre le jeune homme dont elle n'avait pu corrompre la vertu. Le démon de la haine s'était emparé de son esprit: elle forma le plan diabolique d'une horreur dont une femme de son espèce était seule capable.

Armée d'une noire malice, elle s'apprêta à jouer son rôle, et sans s'embarrasser de la douleur, elle s'égratigna les bras et le visage, jusqu'à ce que le sang en sortit. Puis s'arrachant les cheveux et ses vêtemens, elle attendit ainsi le retour de son mari. Aussitôt qu'elle l'entendit, elle courut au-devant de lui, et se jetta sur la terre, en feignant une violente attaque de nerfs, et criant comme une forcenée.

Zappi, qui aimait tendrement sa femme (elle avait l'art de lui cacher ses vices), fut frappé de son état. Il la fit porter dans son appartement, et l'assayant sur un sopha, il attendit en tremblant le récit de ce qui lui était arrivé.

Cette femme abominable, employant alors toute sa fausseté, fit signe à ceux qui étaient présens de se retirer; puis affectant l'agitation la plus grande, elle porta la main de son mari à ses lèvres, et dit: «ô mon cher époux, cet ingrat que vous avez nourri, pour lequel vous avez eu tant de bontés, sachez quelle récompense il vous destinait!... C'est à son audace, à l'injure que m'a fait l'hypocrite, que vous devez attribuer l'état où vous me voyez: il est venu me trouver dans le parc, où j'étais seule à me promener en vous attendant, pour me faire l'aveu de son amour abominable. J'ai repoussé l'insolent, et comme je cherchais à le fuir... (des sanglots accompagnaient ces paroles), il m'a saisie dans ses bras ... c'est alors que mes forces se sont trouvées inférieures aux siennes. J'ai crié tant que j'ai pu: sans doute il a craint d'être découvert, car il s'est sauvé ... mais heureusement sans pouvoir accomplir son dessein infâme!»